posté le 08-07-2018 à 13:00:19

Grasse (70).

 

Le vélo de course de Mr. Gédebras, le manchot. 

 

La rencontre avec Monsieur Ladérovitch, dans le local aux deux roues, m’avait fortement déçu. Mon malheureux voisin, à la vue de la photo de Lola, s’était contenté de me dire « téléphone ». Une réponse bien sûr inappropriée, pas étonnante de la part d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Il ne me restait plus qu’à repartir de zéro. Pourtant, par acquis de conscience, je me décidai à aller faire une dernière visite au fameux local pour m’assurer que je n’étais pas passé à côté de preuves utiles à mon enquête. Le vélo de course de Monsieur Gédebras était toujours là, probablement laissé à l’abandon par son propriétaire, manchot depuis pas mal d’années. Je soupçonnais mon voisin mutilé de faire partie du gang des parfumeurs grassois qui avait organisé l’enlèvement de Lola, ma pute chérie. Le vélo de course était banal. Les freins n’étaient certainement pas fonctionnels à la vue de leurs manettes trop molles et les boyaux des roues étaient crevés.

- Un objet du passé, murmurais-je en me dirigeant vers la sortie.

Cependant  un faisceau lumineux tombant sans se presser du néon maladif vint illuminer quelque chose située sous la selle de la bicyclette. En me penchant, malgré un lumbago qui m’agressait le bas du dos, j’aperçus sous la tige qui soutenait la selle, une plaque fixée par un collier métallique rouillé.  Pour une fois, mon portable me servit à quelque chose, juste à photographier la plaque avec une résolution de dix mégas pixels.


Voici la photo obtenue :

 

 

 

 

 

 

 Qui pourrait m’aider à comprendre ?

Apparemment, la partie verte représente la carte d’un pays, mais lequel ? Et les trois lettres « U.C.B », un sigle  qui pourrait signifier :

* Union des Corsaires Borgnes ou

* Union des Cocus Bruxellois ou

* Union des Corses de Bretagne ou

* Unis Contre Bayrou … etc.

Pendant toute la nuit qui suivit, je trouvais ainsi, pas le sommeil, mais des centaines de solutions possibles avec les trois lettres U,C,B.

Au petit matin, j’étais devenu un champion des « Chiffres et des Lettres ». Mon cerveau bouillonnait comme un potage de grand-mère oublié sur la cuisinière à bois d’une ferme provençale. Ma tête était aussi molle qu’un Reblochon* qui se pavanait au soleil et je me demandais comment j’allais pouvoir affronter :

-  les 1eres S, proches de la révolte à cause des contrôles surprises et donc inopinés,

- Jeanne, la prof d’anglais, demi-vierge par vocation, qui me faisait la « gueule » parce que je n’allais pas à ses rendez-vous,

- Françoise Jétoulu, la documentaliste, morte de rage depuis la mort du néon dans la salle de reprographie du CDI et qui me traitait d’impuissant chaque fois qu’elle me rencontrait dans les longs couloirs du lycée…

Bref, seule Lola aurait pu me remonter le moral et Lola avait disparu !

A douze heures quarante-cinq, enfermé à double tour dans mon labo de chimie, j’eus, en regardant le portrait de Lavoisier punaisé sur le mur défraîchi au-dessus de l’évier, comme une révélation : je venais de trouver la raison pour laquelle Monsieur Ladérovitch avait prononcé le mot « téléphone » en regardant la photo de Lola. Et vous ?...



A suivre 


Notes :


 * Reblochon: fromage de lait de vache fabriqué en Savoie (France), à pâte molle non cuite et à croûte de couleur rosée.

 

 

** Lavoisier: Antoine Laurent de Lavoisier, né le 26 août 1743 à Paris et guillotiné le 8 mai 1794 à Paris, est un chimiste, philosophe et économiste français. Il a énoncé la première version de la loi de conservation de la matière, démis la théorie phlogistique, baptisé l'oxygène et participé à la réforme de la nomenclature chimique. Il est souvent fait référence à Antoine Laurent de Lavoisier en tant que père de la chimie moderne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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posté le 02-07-2018 à 10:06:35

Grasse (69).

 

 Monsieur Ladérovitch...

 

Dans le local aux deux-roues, assis sur le sol, le crâne appuyé sur une roue du vélo de course de Monsieur Gédebras, le manchot, Monsieur Ladérovitch, assommé  par des neuroleptiques, dormait en émettant un ronflement de moteur de moto bientôt en panne d’essence. Je regardais cet homme dépourvu de mémoire et je me demandais si cela valait vraiment la peine de lui montrer la photo de Lola afin d’obtenir des micros informations sur son enlèvement par le gang des parfumeurs grassois.

Il fallait que je fisse vite, car de l’autre côté de la porte j’entendais les va-et-vient des différents habitants de l’immeuble. Je posais, avec infiniment de précautions, ma main sur l’épaule du dormeur privé de rêves et de souvenirs. Je la secouais légèrement et je sentis sous mes doigts les os de son omoplate tant Monsieur Ladérovitch était maigre. Ces malades-là ne mangent pas ou presque pas, toujours occupés à fuir pour rejoindre un lieu qui n’existe pas, un lieu virtuel en somme. Et enfin mon voisin, définitivement amnésique, se réveilla. Il posa sur moi un regard flottant, trouble, baveux, un de ces regards qui ne veulent rien dire et qui ne recherche rien. Sur son visage se grava progressivement le masque de la peur ; pour lui, je devenais une épouvante, un zombie, un horla*, un diable grimaçant avec des cornes titanesques. C’était une frayeur provoquée par la vision d’un être que l’on ne connaît pas, une incongruité de l’existence.

La peur est contagieuse et il me vint comme des envies de fuir ce lieu pas très fréquentable.

Seul, le désir que j’avais de retrouver Lola, me riva sur le sol en ciment du local aux deux roues où se côtoyaient deux bicyclettes, un vélomoteur suintant d’huile et d’essence et un landau défraichi, bleu ciel, qui n’avait vraiment pas sa place ici. Quelques bidons métalliques, faméliques et rouillés, vaguement parallélépipédiques, cachaient, dans leur ventre ridé, des liquides inquiétants.

Il planait dans ce lieu humide et peu clair une odeur, résultat d’un mélange d’effluves peu académiques. C’était gris, c’était sale, fortement métallisé et cette pièce, qui ne contenait que des objets inanimés, rassurait Monsieur Ladérovitch, qui trouvait là une paix imprévue de l’esprit. Je compris qu’il ne fallait pas lui parler, que je devais rester muet comme toutes ces choses qui l’entouraient.

Avec un mouvement lent comme l’aiguille horaire d’une horloge, je tendis à mon malheureux voisin, la photo de Lola. Son regard effleura comme une caresse la surface du papier et une ride, une seule, disparut de son visage. Son rictus épouvanté s’était atténué d’un infime degré et il murmura un mot, unique et mesuré :

- Téléphone !

Les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ne reconnaissent plus les objets, confondent leurs formes et leurs fonctions et un peu dépité, je décidais d’abandonner mon projet fou. Je ne comprenais pas pourquoi Monsieur Ladérovitch avait fait une confusion entre la photo et un téléphone. Devais-je ramener chez lui cet homme sans passé ? Non, je décidais de le laisser ici, presque heureux dans un monde dépourvu de sa femme et de ses neuroleptiques…

 

A suivre

 

Notes :

 

* « Le Horla », de Guy de Maupassant, se présente comme le journal d’un homme, persécuté par une présence invisible, supérieure, maléfique, qui s’apparente à un alter ego ou un double, et le fait sombrer dans la folie, au terme de laquelle l’homme persécuté trouve la délivrance dans le suicide.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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posté le 23-06-2018 à 08:51:18

Grasse (68).

****

La mort de Léon le néon avait plongé la petite salle de reprographie dans une obscurité bienvenue. Dans ces conditions ma bouche ne pouvait plus aller explorer, en aveugle, des endroits peut-être pas trop sûrs…

- Ne bouge pas, me dit Françoise Jétoulu, j’en ai un de rechange, il est dans l’armoire derrière toi. Quand tu l’auras remplacé, tu pourras commencer tes explorations labiales.

Les mains de la documentaliste étaient expertes, j’en savais quelque chose, en deux minutes elle trouva le néon neuf qu’elle me fourra dans la main en me disant :

- Grimpe sur l’escabeau !

Pour moi, brancher un néon dans un endroit autant obscur était aussi dangereux que de se promener à deux heures du matin dans les rues de Bangui(1).

- Alors ça y est ? s’impatienta Françoise.

Moi j’avais soudain l’impression de mettre mes mains dans un réacteur radioactif de l’ex centrale de Fukushima(2).

- Je n’y arrive pas ! dis-je, avec la mauvaise volonté d’un élève paresseux multi-redoublant.

La documentaliste s’énerva en me traitant de « nase », de « nul » et d’ « impuissant » (sa chanterelle ne m’avait pourtant pas encore «essayé »). Sa voix avait l’intonation des cris d’une hyène en chaleur.

J’en avais assez de son attitude peu féminine, revendicatrice et castratrice et je lui dis alors :

- Tu me casses les noix !

Moi aussi, je pouvais être (à contre cœur) vulgaire.

Et je quittais le CDI avec, dans ma poche, la photo du visage de Lola que je comptais montrer, dans les plus brefs délais, à Monsieur Ladérovitch qui naviguait sur une mer de souvenirs incohérents, la mer Alzheimer.

Mais comment contacter mon voisin d’immeuble à la mémoire si volatile ?  Aller tout simplement chez lui ou attendre une rencontre très improbable dans le hall de mon immeuble ?

Dans son appartement, il y avait un cerbère,  sa femme, qui le bourrait de neuroleptiques pour essayer de calmer son envie pathologique de fuite, car Monsieur Ladérovitch, dans sa folie, ne reconnaissait pas les lieux où il avait vécu et un réflexe mémoriel l’amenait à croire que sa maison se trouvait toujours ailleurs.

La nuit qui suivit fut semblable à toutes les autres, grise comme le ciel du Nord et agitée comme une personne victime de la danse de Saint-Guy(3).

Le lendemain matin, à 7h30, j’évitais de justesse toute la bande de parasites qui hantait l’immeuble : le couple Coqualo, Monsieur Gédebras le manchot et Mademoiselle Belœil qui revenait de la promenade-pipi de son chien, un petit Cocker qui me prenait pour une femelle. J’avoue que pour échapper à cette situation, je m’étais réfugié dans le local à vélos où je tombais sur Monsieur Ladérovitch qui dormait, la bouche ouverte et la tête appuyée sur la roue avant du vélo de course de Monsieur Gédebras.    

Pour une fois, j’avais eu de la chance…

 

A suivre

 

Notes :

 

1- Bangui : la capitale et la plus grande ville de la République centrafricaine, dont la population estimée à environ 1 200 000 habitants soit le quart de celle du pays.

2- Fukushima : accident nucléaire provoqué par le séisme du 11 mars 2011.

3- Danse de Saint-Guy : Maladie nerveuse se manifestant par des mouvements brusques et désarticulés et appelée aussi chorée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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posté le 16-06-2018 à 09:03:17

Grasse (67).

 

Le Phallus Impudicus,

le champignon qui sent mauvais...

*** 

Je lui montrais donc ce qu’elle désirait voir.

Elle s’accroupit à mes pieds pour mieux regarder, sans rien dire. Moi j’attendais son verdict comme un repris de justice devant la cour d’assises. Je sentis même son souffle chaud balayer la pointe de ma flèche qui transpira un peu.

- Il est comestible ?

- Quoi donc ?

- Mais ton champignon, idiot !

- Disons que c’est plutôt une Amanite phalloïde, mortelle comme il se doit.

Elle me répondit dans un langage peu châtié :

- Pourquoi, tu as l’habitude de fréquenter les putes sans capote ?

Je voulais lui dire que la seule pute que je connusse était Lola qui s’est toujours refusée à moi, allez savoir pourquoi.

Je voyais bien qu’elle avait envie de connaître le goût de mon amanite, avec son chapeau qui pointait vers elle et qui devait exhaler des senteurs automnales.

- Allez, je te dois la vérité, c’est un Phallus impudicus*.

Devant sa mine dégoûtée, je voulu la rassurer :

- Mais non, c’est un Lactaire délicieux !

- Délicieux ? C’est à voir ! Il faut que je vérifie !

Et la voilà partie pour une séance de dégustation gastronomique dans la petite salle sans fenêtre qui donnait sur le CDI et éclairée par un néon malade et hoquetant.

Le lieu était désert et sinistre, je n’avais qu’une crainte, c’est que le concierge ne vînt faire sa tournée d’inspection.

C’était la saison des pluies, ça explique pourquoi, au bout de huit minutes, je lui envoyais dans la bouche une ondée tiédasse qu’elle avala sans sourcilier.

J’étais condamné à des fellations rapides et dénuées de romantisme dans des lieux improbables comme le local à poubelles de mon immeuble ou la salle de reprographie dans un vieux lycée de la Côte d’Azur.

Elle se releva en passant sa langue sur ses lèvres souillées.

- Et toi tu veux voir ma chanterelle** ?

Nous étions en pleine séance de mycologie lycéenne et grassoise.

Pour ne point la vexer, je ne refusais pas. Elle souleva sa jupe et ôta son string noir, qu’elle lança, avec son pied droit, sur le rétroprojecteur qui en hoqueta d’émotion. Puis, en s’aidant de ses mains, elle effectua un petit saut pour s’asseoir sur la table qui supportait la photocopieuse. Elle écarta les cuisses et me montra sa chanterelle. C’était celle, apparemment, d’une femme qui avait vécu, avec des excroissances labiales qui débordaient de chaque côté de sa fissure, luisante, sous la lumière crue du néon.

- Tu la trouves comment ma chanterelle ?

Allais-je lui avouer que je n’aimais pas du tout les champignons, que je les trouvais dangereux et sournois avec une propension à vous envoyer directement au cimetière sans avis de faire-part.

- Tu peux la lécher si tu veux…

Il fallait vite que je trouvasse une excuse valable pour éviter ce contact gluant entre mes lèvres et les siennes.

Françoise Jétoulu, la documentaliste, attendait.

C’est à ce moment-là que le néon fatigué rendit l’âme…  

 

A suivre

 

Notes :

 

   * Phallus impudicus : le satyre puant ou phallus impudique, parfois nommé œuf du Diable à l'état jeune, est une espèce de champignon basidiomycète de la famille des phallacées.

À l'état adulte, il évoque la forme d'un pénis en érection, d'où son nom et, comme la plupart des phallales, dégage une odeur putride.

** Chanterelle :

 

 

 

 

Avouez que ça y ressemble... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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posté le 09-06-2018 à 08:43:46

Grasse (66).

 

Bon et moi j’allais faire quoi maintenant avec mes mains plaquées sur les deux cuisses de Françoise Jétoulu ?

Je sentais sous mes paumes une douce chaleur qui irradiait de sa peau et qui, par un processus plutôt compliqué, mettait en émoi mon manège enchanté qui commençait à se dilater et à durcir comme le cœur d’une méchante sorcière.

L’érection, hélas, est un réflexe et donc une réaction incontrôlable ! Et même quand elle me dit « tu peux me lâcher maintenant ! », quand mes mains quittèrent, à regret, ses cuisses si douillettes, mon arc restait tendu !

Elle descendit de l’escabeau avec élégance et j’en profitais pour reluquer les derniers sursauts de sa chair qui disparaissaient sous le tissu de sa jupe.

En passant devant moi, elle me lança un jet de gaz asphyxiant, un nuage invisible de son parfum, « Les jardins de Bagatelle », qui ramollit mes neurones déjà malmenés.

Je lui rappelais cependant, que depuis le 17 Juin 1925, les gaz asphyxiants ou toxiques étaient interdits par le protocole de Genève et que la prochaine fois que je viendrai au CDI je me munirai d’un masque à gaz.

- Oui je sais, me dit-elle, j’ai lu ça quelque part.

- Mais tu as tout lu ! répliquais-je en essayant de faire un jeu de mots.

- Oui j’ai tout lu ! répondit Françoise Jétoulu.

Et elle se mit à rire, plutôt nerveusement.

Elle se dirigea vers la petite salle qui jouxtait le CDI et qui contenait une photocopieuse et deux ordinateurs avec tous leurs périphériques. Je la suivis comme un chien déjà fidèle.

L’annexe n’avait pas de fenêtre et seul un néon parkinsonien l’éclairait chichement par intermittence.  Elle souleva le couvercle du scanner qui avait un âge bien avancé.

- Alors, tu me la donnes cette photo ! me dit-elle.

Je trouvais, que pour une femme, elle manquait de cette douceur qui me faisait vraiment chavirer. Je la sentais un peu brutale même !

- C’est sûr, je ne lui plais pas du tout ! pensais-je, foudroyé comme un lutteur japonais  de sumo* apprenant qu'il avait maigri.  

Je lui tendis, d’une main pas très rassurée, la fameuse photo de la partouze de Lola. Je pointais avec mon index droit un peu tremblant l’image de la tête de celle qui me faisait fantasmer.

- J’aimerais que tu fisses un gros plan de son visage.

- Et celui-là qui c’est ? me dit-elle en désignant Monsieur Gédebras, il est bien monté !

De toute évidence elle aimait les aubergines, alors que moi je ne pouvais lui offrir qu’un frêle vermicelle…

La photo qui sortit de l’imprimante était plutôt réussie et je pouvais donc la montrer au plus vite à Monsieur Ladérovitch qui avait assisté au rapt de Lola.

Je remerciais la documentaliste en me dirigeant vers la sortie. Elle me bloqua le passage en me disant :

- Je suis mariée et plutôt fidèle, mais…

- Mais ?

- On est seuls, tu me montres ta courgette ?

J’étais anéanti ! Comment allait-elle réagir en voyant mon haricot vert et mes deux pois chiches ?...

 

A suivre

 

Notes :

 

*Le sumo est la lutte traditionnelle japonaise pratiquée par des lutteurs professionnels. C'est un combat d'homme à homme sur un tertre d'argile de 4,55 m de diamètre, le dohyô, opposant des géants pesant en général entre 90 et 160 kg qui s'affrontent à mains nues et vêtus seulement d'un pagne.

 

 

 

 

 

 

                          ...foudroyé comme un lutteur japonais  de sumo*

                                            apprenant qu'il avait maigri...

  

 


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posté le 02-06-2018 à 08:43:19

Grasse (65).

 
 

En fin d’après-midi, après les cours, je me retrouvais devant le hall de mon immeuble.

Inquiet comme un colibri tombé du nid, mon cœur battait comme le sien (1200 pulsations par minute), c’est du moins ce que je croyais ressentir en me demandant si je n’allais pas tomber sur Monsieur Gédebras, l’ex parfumeur manchot et défroqué qui avait perpétré, d’après moi, le rapt de ma jolie Lola.

Ha comme j’aurais aimé rencontrer Madame Coqualo, la flûtiste perverse du local à poubelles ou bien Mademoiselle Belœil avec ses regards décalés et son haleine de vieille fille. Le hall, plutôt sombre, rempli de recoins hasardeux, ne m’inspirait pas confiance. Il était désert à cet instant, heureusement pour moi.

Je lorgnais en même temps, prudent comme un guerrier zoulou, la porte de l’ascenseur, celle du local à poubelles et celle de la cage d’escalier. Je choisis cette dernière comme si je jouais à la roulette russe. Je n’actionnai pas la minuterie, préférant grimper dans le noir en me guidant avec la rampe métallique qui courait le long des murs.

Pour arriver à mon appartement, je devais traverser la longue coursive qui dominait la cour de la prison de Grasse, dépeuplée  à cette heure de la journée et qui faisait de moi une cible idéale pour un tireur fou.

Je me sentais protégé dans mon appartement  bien que parfois, la nuit, des bruits aussi étranges qu’inquiétants, vinssent troubler mon insomnie chronique que j’occupais à corriger des copies ce qui, chez tout être normal, aurait provoqué un effet soporifique proche d’une narcolepsie (1) pathologique. 

De plus, une lueur venait éblouir mes neurones qui ronronnaient d’aise à la pensée de rencontrer, le lendemain après-midi, Françoise Jétoulu, la documentaliste du lycée. Imaginer de l’avoir rien que pour moi pendant un long moment plongeait, dans un bain glacé, mon corps que les dix couvertures en pure laine mohair (2) n’arrivaient pas à réchauffer.

Le mercredi matin fut aussi long que la guerre des six jours et enfin arriva l’après-midi qui me promettait monts et merveilles. Le lycée était désert. Seul le concierge cuvait son vin dans sa loge. Je dus sonner plusieurs fois pour le réveiller. Quand il me reconnut enfin il s’esclaffa :

- Ah mon ami ! (en souvenir des verres de Cognac que je lui avais offerts un samedi pour qu’il ouvrît la porte de mon labo).

Par un heureux hasard, mon labo de physique jouxtait le CDI et une porte reliait les deux salles, ce qui s’avéra très pratique pour moi par la suite.

Il était quatorze heures et je frappais à la porte de communication avec le CDI. Rien, aucune réponse. J’insistais, pensant déjà que la documentaliste avait oublié notre rendez-vous. Le silence était pesant et commençait à tyranniser ma tête.

Je décidai alors d’entrer dans ce lieu rempli de livres. Il planait dans cette salle comme des confettis gazeux de son parfum : « Les jardins de Bagatelle ». Je sus alors qu’elle était là, quelque part, cachée peut-être par des rangées de livres qui formaient des tours instables sans ancrage sur le sol en lino gris.

En réalité ces remparts de papier et de carton la dissimulaient à mon regard ; elle était derrière, juchée sur un escabeau aussi instable que ma volonté confrontée à un baba au rhum.

Le pied droit était positionné sur la première marche, tandis que le gauche se trouvait sur la deuxième. De ce fait une jambe était tendue et l’autre pliée. Cela provoquait un léger écartement de ses cuisses qui, fatalement, faisait remonter sa jupe étroite. Le spectacle était saisissant et j’en restais baba (3) (sans le rhum). En entendant mes pas, elle se retourna assez brutalement ce qui fit osciller le vieil  escabeau qui la déstabilisa. Elle faillit tomber et elle cria :

- Mais ne reste pas planté comme une cruche ! Viens donc m’aider !

J’eus soudain l’impression que mon cerveau se trouvait enfermé dans la cale d’un vaisseau fantôme sur le point de sombrer dans le triangle des Bermudes. Je me précipitais donc vers elle et, pour la retenir, je dus, par un simple réflexe de solidarité, plaquer mes mains sur ses deux cuisses.

Je sus alors que je rampais dans un étroit boyau brûlant qui me conduisait directement aux enfers !...

 

A suivre

 

Notes :

 

1- Narcolepsie : maladie caractérisée par des crises d'endormissement soudaines et incontrôlables.

2- Mohair : étoffe ou laine très douce faite avec du poil de chèvre angora.

3- Rester  baba : être figé de stupeur. (familier)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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