posté le 08-11-2019 à 07:45:38

Grasse (115).

 

 

 

Surtout, ne me demandez pas pourquoi

j'assimile Françoise Jétoulu à une puce... 

 .

  La première semaine de cette nouvelle année scolaire est terminée et déjà les profs ont commencé à tisser cette armure qui les protège contre les élèves, leurs parents, l’administration, l’inspecteur et le ministre de l’éducation nationale.

C’est une armure invisible qu’on est obligé de porter dès que l’on pénètre dans le lycée et que l’on rapporte chez soi en fin de journée. Car à la maison on a des copies à corriger et des soucis, parasites immatériels, véritables puces suceuses de cervelle, qui nous suivent partout et qu’aucune potion magique n’arrive à nous en débarrasser.

Ça a commencé le jour de la prérentrée quand j’ai noté la disparition du casier de Sandrine, la prof de lettres modernes, dont la vision de ses fesses moulées dans son jeans, arrivait, l’année dernière, à me remonter légèrement le moral.

Où était-elle passée celle-là ? Malade ? Morte ? Mutée   dans un autre établissement ? J’avais essayé de mener ma petite enquête auprès de Françoise Jétoulu, la documentaliste, nymphomane et langue de pute au sens propre comme au sens figuré… Rien, elle ne savait rien !  Déjà le premier Mardi elle avait voulu m’entraîner vers la petite salle sans fenêtre de la photocopieuse, pour essayer, contre mon gré, de pratiquer sur moi, une ponction séminale. Elle aimait ça, la garce, tout comme Madame Coqualo, ma voisine dans l’immeuble où j’habitais. Je résistais comme je pouvais à ces femelles pompeuses qui se délectaient de mon nectar qui n’était pas inépuisable.

J’avais déjà repéré Michèle Latuire, la cinquantaine avancée, parfumée avec Shalimar et porteuse d’une petite paire de moustaches pratiquement invisibles qui avaient chatouillé mes joues le jour de la prérentrée. Elle enseignait l’histoire-géo, une matière que je détestais quand j’étais élève.

Il fallait que je trouvasse, parmi les nouveaux arrivants, celle qui allait remplacer ma déesse aux fesses joufflues, disparue sans laisser d’adresse.

Lionel Allaru, un autre néo-prof, lui, enseignait l'EPS, discipline que j’abhorrais* quand j’étais jeune. Je l’ai tout de suite surnommé, dans ma tête, « le SDF », allez savoir pourquoi.

Il y avait aussi Patrice Pianot, qui, Mercredi matin, s’était assis à côté de moi dans un fauteuil défraichi de la salle des profs. Quand il se présenta, naïvement je lui demandai :

- Prof de musique ?

Il me répondit laconiquement :

- Non d’italien !

Pour lui montrer que j’avais de la culture latine j’eus envie de lui dire le proverbe « chi va piano, va sano », mais il ressemblait tellement à Mme Merckel, l’allemande qui fait la loi en Europe, que cela me refroidit quelque peu.

Mon nouvel emploi du temps était chaotique ; j’allais passer de longues heures à « glander » près de la machine à café.

Il ne me restait plus qu’à découvrir Emeline Fiton et Pascale Degrège. L’une d’entre-elles était nécessairement la remplaçante de Sandrine, ma muse disparue…


A suivre

 

Notes : 


* Abhorrer : Détester.

 


 


 
 
posté le 26-10-2019 à 07:46:52

Grasse (114).

 

S'il vous plait, Monsieur le Proviseur, ne m'obligez pas

à retirer tout ça pour entrer dans la salle de classe.

 

 l

Lundi, la pré-rentrée !

C’est juste le début d’une longue année scolaire qui n’a pas encore commencé.

Cette journée est comme un sas, une antichambre de la salle des tortures, une tranchée de la guerre 14-18, un lieu où l’on est encore à l’abri, car demain on va bien y être obligé de sortir du ventre de la terre pour aller combattre nos pires ennemis, sanguinaires comme les vautours de la Pampa : les élèves !

On est faussement enjoués quand on arrive dans la salle des profs en ce premier matin du marathon scolaire. On s’embrasse entre profs mâles et femelles avec un sourire de façade, une sorte de masque joyeux qui dissimule à peine l’angoisse de l’inconnu.

Comme d’habitude j’arrivai le premier dans cette salle si bien rangée le premier jour. Par curiosité je passais en revue les casiers qui placardaient trois murs de cette pièce pentagonale sortie de l’imagination d’un architecte certainement alcoolique, juste pour savoir si de nouveaux profs avaient été nommés dans notre lycée. Apparemment cinq enseignants allaient débarquer dans notre établissement :

 

 

 

Lionel Allaru

Patrice Pianot

Michèle Latuire

Emeline Fiton

Pascale Degrège

}

 

 

 

 

 Ce ne sont pas les vrais noms. 

 

 

La seule bonne nouvelle, c’était l’arrivée de trois femmes qui, je l’espérais, n’étaient pas encore ménopausées (l’espoir fait vivre).  

Par contre le nom de Sandrine, la prof de lettres modernes, avait disparu. Je sentis brutalement comme une dilatation de mon angoisse qui naquit sous mes cheveux pour se propager jusqu’à mes chevilles qui semblèrent gonfler, devenir violacées et douloureuses.

- Ciel, ne ferais-je pas deux phlébites symétriques ? me dis-je en me penchant en avant après avoir soulevé le bas de mon pantalon.

C’est à ce moment-là qu’apparut dans l’encadrement de la porte de la salle des profs une nouvelle enseignante qui devait être Michèle Latuire née aux alentours de 1960. Immédiatement mon taux de testostérone chuta brutalement et la fierté de mon bas-ventre se recroquevilla comme un macaroni trop cuit.

Elle voulut me faire la bise. Je n’étais pas dans une tenue très académique : figé comme j’étais, j’avais oublié de rabaisser le bas de mon pantalon.

Elle embaumait « Shalimar » de Guerlain, ce qui fit remonter sa note de cinq points.

Je sentis sur ma joue une ébauche de moustache, ce qui provoqua chez elle une perte de trois points.

Je recommençais à noter. Je retrouvais ainsi mon instinct sauvage de prof qui s’était un peu ramolli pendant les vacances…

 

A suivre...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 
 
 

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