posté le 02-01-2018 à 09:04:41

Grasse (43).

 

 

 

 

 

 

Est-il possible d’écrire une lettre d’amour à une p.... ?

 Et d’abord quel langage devrais-je utiliser ?

 Peut-être que Lola comprendrait mieux si j’écrivais comme Paulo son mac ?

 Je m’installai à mon bureau, encombré comme un marché de New-Delhi, et d’un revers d’avant-bras, je déplaçai tout un tas de copies qui traînaient là depuis quelques jours et que je n’avais pas eu le courage de corriger. Il faut dire que la correction des devoirs est un poison presque mortel pour les profs.

 Pour écrire à Lola, à la manière de Paulo, j’essayais de me mettre dans la peau de son mac : grand, musclé, tatoué, un front étroit et des yeux idiots et je commençais laborieusement ma lettre :

 



       

 

               Lola ma chaire greluche,

 


Depui queue je té vu tapiné sur le trotoir, mon keur cé mis a batre come l’orloge de ma mémmé.

Je tème kome un maboul et tu me manke bocou. Je pensse à ton cor de klaxon   sirénne et a tes sein gros come dé pastèkes.


Je tème, je tème, je tème !


ton Paulo kit 'adore.

 ps : noubli pa de doné à Loulou, l’argen de té paces.

 

 

 

En relisant ma lettre, je me demandais si Lola allait apprécier cette déclaration si romantique...

 Finalement je déchirais cette première ébauche de lettre d'amour dont les fautes d'orthographe volontaires risquaient de me donner une éruption de boutons.

 

Il était  vingt-trois heures et déjà les prémisses de la nuit annonçaient un combat inégal entre ELLE et moi. Assis à mon bureau, comme un élève sage, j’avais préparé une feuille bien virginale qui ne cadrait pas bien avec Lola, mais au diable les conventions, mélangeons les genres pour une fois !

Le début d’une lettre est aussi dur que le départ d’un marathon, on attend l’inspiration comme le coup de feu du starter qui n’arrive pas.

J’écoutais en sourdine un disque de jazz qui était censé m’inspirer. Le blues des chanteurs de Harlem, c’était mon spleen à moi. Je le cultivais avec amour comme des fleurs dans un pot en céramique qui représentait ma vie, finalement, étriquée comme un vieux costume de clown qui a trop grossi.

Après plusieurs tentatives infructueuses qui avaient à moitié rempli ma corbeille de papier chiffonné, de lettres avortées et d’espoirs déçus, j’arrivai, plus ou moins à quelque chose de correct :

 

 

 

 

Lola, ma chérie,

*****

  Pendant longtemps, ma vie a été un jardin abandonné, seulement peuplé de cactus faméliques et de lézards dépressifs. Et un jour, le hasard, m’a permis de te rencontrer. Alors peu à peu, les allées, par miracle, se sont débroussaillées et  se sont garnies de mille fleurs aux parfums captivants. Lola, tu es ma boussole et pourtant tu me fais perdre la tête. Tu es si jolie et si désirable et même si pour l’instant tu appartiens à un autre, laisse-moi espérer qu’un jour ton sourire me fera comprendre que je peux tendre ma main vers toi. Lola, mon amour, j’aimerais tant te prendre dans mes bras, sentir ton cœur battre contre ma poitrine et me saouler du parfum de tes cheveux.

 

Envoie-moi un signe, Lola, pour éclairer ma nuit, pour me faire croire, encore, que les étoiles brillent dans le ciel…

 

Je t’aime, mais comment te le dire ?

*****

***

Alain, le prof de physique…

 

 

 

    

 Je n’étais pas très satisfait de cette première lettre d’amour, mais comme j’estimais que je tournais en rond dans ce manège désenchanté, je l’introduisis dans une enveloppe et comme un adolescent romantique, j’aspergeais le papier de quelques gouttes de mon parfum, « Habit Rouge » de Guerlain. J’avais l’intention de remettre ma déclaration à Brigitte, la copine de Lola, qui tapinait dans ma rue, à sa place, pour qu’elle la lui remît en mains propres.

Mon Dieu, pourvu que Lola n’ait pas été envoyée à Tanger… !

 

A suivre... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Commentaires

 

1. Fanny39  le 02-01-2018 à 10:57:12  (site)

Bonjour et excellente année 2018, Très joli blog enchanteur et littéraire. Souhaitant du soleil partout

2. biquette  le 03-01-2018 à 14:40:15  (site)

Bonjour Alain , purée c'est fou ce que tu vois en la personne de Paulo un mec minable et complétement taré du ciboulot , et en prime un analphabéte a souhait , bon j'admet que d'ou il a atterit il n'a pas a jouer les intelléctuels , mais quand méme tu y va fort........ ( ça m'amuse cette lettre faite pour Lola ) Note bien que pour en arriver là il a fallu tout de méme qu'il se montre plutôt entreprenant pour des choses pas trés claires, c'est certain, mais côté la Lola a part son chassis de compétission il doit y avoir tout de méme un certain vide dans son crâne ou c'est l'amour qui est en train de la détruire ...Bref ce n'est pas courant non plus qu'un homme tombe amoureux d'une femme qui tapine , de toute façon méme a avoir eu ma vie bien remplie de connaissances de l'étre humain je n'ai pas eu l'ocasion de connaitre cet exemple , bon admettons que tu sois le premier a le marquer ...Aprés tout elle est comme les autres avec qualités et défauts , mais elle doit tout de méme en avoir vu des longueurs la Moiselle, alors elle est peut étre blasée du paf la miss Lola ....Le manque ça pése , mais le trop ça doit fatiguer ....J'adore ta façon d' écrire , tu as tout de méme de l'instruction a revendre dans ton genre ......Bon pas a juger qui que soit dans ton superbe récapitulatif de tes années de jeunesse ..Tu en gardes surement des sacrés souvenirs et arrivé a un certain âge on fait le bilan ( la je suis sérieuse )...Merci pour les parties de rire que je paye depuis que je connais ton blog , ce n'est pas courant non plus ça ...Tu dois avoir un certain regrêt de quelque part , ça se sent dans tes écris ...C'est la vie qui veut ça , quand on est jeune on croit tout connaitre , étre les meilleurs et aprés pas mal de douches on réalise , c'est du KIF pour beaucoup ...Tu as une sacrée personnalité en tout cas .....La vie ne nous apprend pas assez vite a voir clair a mon humble avis et c'est pourquoi quand le temps passe la sagesse grandit ...Note bien que certains restent bornés mais c'est positif pour d'autres .......On en apprend a tout âge ça c'est vrai ........Je te laisse pour aujourd'hui , vu les fêtes mon cerveau fume ( je plaisante ) Je te souhaite une belle soirée , plein de bons moments et profite au maximum de ceux qui arrivent et qui sont positifs pour toi ......Bise a+++++Lili

3. quadrille  le 04-01-2018 à 10:44:03  (site)

Bonjour ...Un petit coucou de ce blog là bise a++++Lili

 
 
 
posté le 30-12-2017 à 08:54:57

Grasse (42).

 ****

Les résultats du contrôle surprise furent catastrophiques et je me dis que finalement j’aurais dû jeter les copies au lieu de les corriger. Les notes variaient de 0 à 18, disons 31 élèves au-dessous de 10 et un élève qui avait obtenu un 18, c’était Albert, le meilleur élève de la classe. Le pauvre, il n’avait pas d’amis et ses « camarades » le surnommaient « Einstein le boutonneux ». C’est vrai que sur son visage, quelques boutons avaient installé leur campement et rien apparemment ne pouvait les déloger. Je pense qu’il aurait accepté d’avoir un zéro, rien que pour « sortir » avec des filles. Elles le fuyaient, ce qui lui valut un deuxième surnom : « Einstein le puceau ».

Il était amoureux de Clémence, jolie mais aussi nulle que la cote de popularité d’un certain président…Et je me dis que dans quelques années, il pourra certainement « coucher avec elle » car les garçons disaient que c’était une fille facile, peut-être digne successeur de Lola, la pute qui tapinait dans la rue de mon immeuble.

Lola avait disparu de mon champ émotionnel et franchement, sans elle, ma vie devenait une tasse de café sans caféine, heureusement sucrée, parfois, par Madame Coqualo, adepte des boissons sirupeuses, qu’elle buvait directement à la « source » dans le local à poubelles…

Un soir, vers 17h05, je repoussais gentiment l’invitation de Jeanne, la prof d’anglais, qui voulait que j’allasse chez elle pour visionner des diapositives de son voyage en Angleterre avec ses élèves.

N’oubliez pas que sans Lola, mon sang était pauvre en caféine et alors je me serais endormi dès la première diapo. Je rentrais chez moi à pieds en empruntant des rues pas très catholiques. A certaines heures de la journée, quand il n’y avait pas de vent, toute la ville de Grasse baignait dans une bulle de parfum et dans les ruelles étroites on avait l’impression de nager dans un tourbillon d’effluves parfois souillé par des vapeurs de solvants peu ragoûtantes.

Et finalement, déçu de ne pas avoir rencontré celle qui avait brisé mes illusions, j’arrivais dans ma rue, par la gauche, ce qui offrait une perspective bien rectiligne sur au moins cent mètres. C’est à ce moment-là que mon cœur fut passé au mixeur, quand tout au bout j’aperçus Lola qui tapinait adossée à un réverbère qui éclairait normalement et donc qui avait repris le travail. Quand elle me vit, elle se dirigea vers moi, en remuant ses fesses j’imagine. Moi je plongeais immédiatement dans un océan d’amour où je failli me noyer quand j’aperçus que la pute n’était pas Lola. C’était, Brigitte, sa copine qui me tendit une cartouche de cigarettes en me disant :

- C’est pour Paulo, de la part de Lola ! 

J’admets que Brigitte, bête de sexe, aurait pu ranimer un volcan éteint pour faire jaillir sa lave brûlante. Mini-jupe, chaussures rouges à talons aiguilles et corsage échancré sur des seins à peine cachés, vêtue comme ça, elle avait un potentiel érotique dévastateur. Il me sembla que ses yeux cachassent bien des promesses et pour le prouver, elle ajouta :

- Pour te remercier, je peux te faire une pipe dans ma voiture ! 

Mon Dieu, quel vocabulaire ! Mon cerveau était choqué, mais pas une partie de mon anatomie qui redressa la tête, mue par un réflexe pavlovien* inéluctable.

J’admets que cet acte anthropophage sur mon sceptre viril aurait bien compensé une dure journée de labeur parmi les élèves et les collègues qui survivaient comme ils pouvaient. Mais non, encore plus idiot que Maxime (celui qui a eu une note négative au contrôle surprise), je refusais avec une politesse bien inutile. Brigitte, s’éloigna de moi sans rien dire, en remuant ses jolies fesses.

Mon appartement m’accueillit avec froideur, sûr que j’allais l’embêter toute la nuit avec mon insomnie bruyante, mais une idée germa dans ma tête et gonfla comme un ballon de baudruche :

J’allais écrire une lettre d’amour à Lola !...

 

A suivre

 

Notes :

 

* Le réflexe de Pavlov est un réflexe conditionnel mis en évidence par Ivan Petrovitch Pavlov qui lui a donné son nom. On dit souvent conditionnement pavlovien.

 À partir de 1889, le physiologiste montra que si l'on accoutumait un chien à accompagner sa nourriture d'un stimulus sonore, ce dernier pouvait à la longue déclencher la salivation de l'animal sans être accompagné de nourriture.

En fait, il est démontré que la sécrétion de la salive peut être provoquée par un contact direct avec la nourriture ou par un stimulus lié à celle-ci, tel un son de cloche par exemple.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Commentaires

 

1. biquette  le 01-01-2018 à 11:36:09  (site)

Bonjour Alain , pour cette premiére journée 2018 je passe te souhaiter une superbe année , pleine de moments de plaisir , de joies , de coups de chance , et que tous tes désirs se réalisent et tu en a beaucoup d'aprés tes écris , mais je pense sincérement que vu ton tempérament tu vas reussir haut la main a contenter toutes ces dames qui sont nombreuses a te filer le train ( je serais curieuse de connaitre un peu ton secrêt vu que tu ne chaume pas en plus de ton boulot de prof et bien que cette année te donne une santé de fer a toute épreuve ) !!!Je plaisante mais je suis sincére pour te souhaiter beaucoup de bonheur pour 2018 ...Je suis toujours trés contente de te lire car tes histoires sont drôlement bien écrites avec justesse et avec belles explications pour les novices ..Je te fais la bise pour ce jour de l'an , surtout prend des vitamines ça peut t'etre utile pour tes nombreux efforts continuels au pagot .........A++++Lili

2. biquette  le 01-01-2018 à 18:23:27  (site)

Bonsoir Alain , je suis trés touché par ton gentil passage sur mon modeste blog , je n'ai rien fait de spécial pour étre en premiére ligne , mais c'est gentil tout plein de l'avoir mis, mais j'en ai été trés surprise .je suis toujours une lectrice assidue des déboires que tu as avec certaines femmes ...Tu as un chic fou pour me faire rire et pour ça je te remerçie de tout coeur ...Au début j'ai navigué dans la semoule avec toi , mais a la longue je te comprend ...J'ai tout de méme des années de vol derriére moi , mais je suis toujours a essayer de m'instruire ..J'ai repris confiance avec toi pour une simple raison qui te paraitra trés bizarre , un jour je te marquerais cette raison , car ce soir je suis rincé , les fêtes ont éte assez fatigantes et c'est surtout le fait que l'on mange plus que d'ab et que les bons vins ont fait tilt sur mon foie qui est assez fragile ..J'espére que pour toi tu as pû te défouler avec de jolies partenaires ; Je ne te criitique pas loin de là , la vie passe trés vite et il faut la prendre a bras le corps , profiter au maximum des bons moments et l'orsque l'on a des ocases , de rire le plus possible car c'est trés bon pour la santé ...Te dire malgrés que tout je suis contente que les fêtes soient terminées vu que l'on doit reprendre le collier et nos habitudes ...Voici les deux mois les moins drôles, Janvier et Fevrier , souvent une période dure pour beaucoup vu le temps qui est imprévisible pendant ces deux mois là ........Je pense que dans ton coin il ne fait pas trop froid , la côte est tout de méme le coin ou l'on a le plus de chance d'y trouver le soleil , ce n'est pas comme dans le Nord ou on se les caille souvent , note bien que beaucoup de coins sont jolis, mais il faut avoir une belle collection de pulls , moi je suis entre deux départements mais des froids tout de méme ....Cette année beaucoup de neige en montagne c'est beau tout de méme ce blanc et ça fait le bonheur de ceux qui aiment le ski ......Dis donc il y a le paquet de tapineuses a Grasse , je ne voyais pas cette ville sous cet angle là , j'y voyais de beaux champs de lavandes , des parfums sublimes partout , bref une ville de rêve mais je suis surement a côté de mes pompes pour ça ..J'y suis passée l'orsque nous avions avec mon mari fait le plan de remonté de la côte en passant pas Annecy
en visitant des tas de régions magnifiques et des restaux o poil ...On mange surtout bien dans dans deux département l'Ain et l'Auvergne ..Sur la côte on allait souvent manger a Bras je ne sais pas si tu connais et dans un restau a Saint Raphael et aussi Agay ou je n'y ai pas mangé ni a Boulouris , mais je connais bien , un paysage de rêve d'ailleurs le midi ..Par contre je n'aimais pas faire l'Esterel en voiture surtout l'été .....Voila alors je te re souhaite une merveilleuse année avec des tas d'ocases pour parfaire ton style au plumard ( excuse je plaisante ) car déja tu dois étre un pro .... Ca se bouscule a ta porte surement.... Bref profite au maximum de tout et du plus que tu peus car le temps passe a une drôle d'allure crois moi !!!!!!.....Bise a++++Lili

 
 
 
posté le 26-12-2017 à 08:40:09

Grasse (41).

 

Etait-ce la rue qui déprimait ou moi ?

Je ne l’avais jamais vue comme ça, cette rue, obscure comme si les réverbères faisaient grève. Espacés les uns des autres d’une cinquantaine de mètres, figés dans leur attitude arrogante, ils éclairaient, oui, mais chichement. Disons que c’était une grève partielle, un premier avertissement avant un noir total. Quelles étaient leurs revendications ?

Personne ne le savait exactement, mais on disait à mi-voix  qu’ils en avaient assez de tous ces chiens fugueurs qui n’hésitaient pas à lever leur patte arrière, pour souiller d’un jet odorant leur pied dépourvu de défense. Mais le pire dans tout ça, c’était que ces maudits cabots, quand ils avaient fini leur affaire, lançaient, dans le silence de la nuit, des « ouah ouah » insolents. Moi, déprimé comme du beurre rance et à moitié fondu, j’imaginai qu’on devrait nommer cette voie publique :

« La rue des chiens qui pissent ».

Et, ne voyant nulle part ces deux hémisphères, qui m’auraient bien fait devenir géographe, je veux parler des fesses de Lola, je rentrais chez moi, malheureux comme un porc-épic craignant la calvitie et la pince à épiler.

Fatalement, ce n’était pas mon jour ou ma nuit, bref je tombais nez-à-nez sur Madame Coqualo, qui tapinait (disons le mot) dans le hall de l’immeuble, près du local à poubelles. En me voyant, elle eut ce rictus cynique que doivent avoir les hyènes quand elles repèrent une proie. Pouvais-je résister, dans l’état lamentable dans lequel je me trouvais, à la bouche sublime de ma voisine ménopausée ?  

Elle détecta ma grande faiblesse morale et m’entraîna en me prenant la main dans le local à poubelles. Là, sans instrument de musique, elle me joua un concerto de flûte à bec en commençant par un moderato langoureux, suivi d’un andante et se terminant par un allegro assai, ce qui me permit de me venger, dans sa bouche, de Lola la traîtresse.

En regagnant mon appartement, j’étais content, car j’avais certainement, grâce à Madame Coqualo, maigri d’au moins 500 milligrammes, le poids (la masse) de ma semence…

La nuit, longue et sournoise, m’attendait ! Elle m’attaqua, quand sans conviction et fatigué comme un sapeur-pompier ayant donné de sa personne, j’escaladai mon lit en espérant trouver un sommeil réparateur.

La nuit, parlons-en de celle-là, toujours prête à faire des mauvais coups, à attaquer par derrière… Méfiez-vous d’ELLE comme de la peste ! Elle essaye de vous endormir, pour mieux vous étouffer, vous lacérer de ses griffes, vous faire cauchemarder ! C’est un combat qui dure plusieurs heures et quand on arrive à s’endormir au début de l'aurore, quand on pense avoir remporté la bataille, c’est à ce moment-là que la nuit utilise son arme de destruction massive : le réveil-matin ! Sa sonnerie est pire que l’onde de choc produite par une bombe atomique de plusieurs mégatonnes.

Parce-que, figurez-vous, qu’après la terrible bataille contre la cruelle nuit, il nous reste à en mener beaucoup d’autres plus terribles encore :

- Prendre l’ascenseur où inévitablement je rencontre Mademoiselle Belœil, vierge comme de l’huile d’olive, qui a oublié de se brosser les dents et qui va promener son chien.

- Entrer dans la salle des profs et être obligé de dire bonjour à mes collègues, alors que mon rêve d’enfant était de devenir un mime muet.

- Supporter la bise baveuse de Jeanne, la prof d’anglais, maternelle et protectrice.

- Ecouter le discours de Catherine, la prof de lettres classiques, qui nous raconte le film qu’elle a vu hier soir dans une petite salle d’art et essai de vingt-cinq places. Un film pakistanais intitulé « Qu’il est gracieux le vol de l’aigle dans le désert ».

- Et surtout aller chercher des êtres venus d’une autre planète : les élèves !

Voilà, ce qu’est la vie d’un prof amoureux d’une pute qui le repousse…

 

A suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Commentaires

 

1. anaflore  le 26-12-2017 à 08:43:59  (site)

bonne continuation ...smiley_id68887

 
 
 
posté le 21-12-2017 à 08:34:36

Grasse (40).

 

De retour chez moi, après avoir jeté mon sac poubelle sous les roues d’une voiture, je me remémorais en boucle le coup de massue que Lola m’avait asséné :

« Tu veux combien pour une passe ? » lui dis-je vulgairement.

Lola claquemura son visage à double tour et me répondit :

« Rien, car je ne baiserai jamais avec toi ! »

Ce petit échange verbal insignifiant brisait tous mes espoirs, piétinait tous mes désirs et jetait au pilori mon orgueil de mâle.

Pourquoi Lola avait-elle agi ainsi ?

Après cela, comment faire pour passer une nuit tranquille ?

Le lendemain, au lycée, Jeanne et quelques autres avaient intérêt à ne pas venir m’embêter !

Dans la salle des profs, je me composais sans me forcer, un visage qui n’attirait pas les confidences.

Assis dans un fauteuil dans un coin, sans voisin ni à ma gauche, ni à ma droite, je me comportais comme un ermite en état de transe catatonique, une sorte de statue sans fissure, aussi inviolable que Mademoiselle Belœil, ma voisine, réputée cent pour cent extra-vierge comme de l’huile d’olive première pression à froid.

Bref, j’étais aussi malheureux qu’un galet que l’on avait kidnappé sur une plage de la Côte d’Azur, pour le mettre sur une étagère, à côté d’une tour Eiffel miniature, en plastique, fabriquée à Taiwan. Je sentais parfois peser sur moi, le regard globuleux et maternel de Jeanne, la prof d’anglais, qui n’osait pas venir me parler.

A huit heures, je n’étais pas vraiment en état de faire cours et lorsque je vis arriver, un à un, les élèves avec des têtes de faux-jetons (1), dégingandés comme des guignols arthritiques, quand ils furent tous assis avec des sourires béats, je leur dis :

- Contrôle-surprise, prenez une double-feuilles ! 

Il y eut soudain un silence de cathédrale et je crus recevoir sur ma peau, au moins trente flèches empoisonnées et virtuelles, lancées par des élèves en colère. Il faut que vous le sachiez et de manière formelle et définitive, que les élèves détestent les contrôles-surprises qui permettent de démasquer les paresseux chroniques qui essaient de passer entre les gouttes d’une interrogation orale qui ne peut concerner qu’un ou deux élèves. Avec un feutre bleu qui dégageait une odeur forte de solvant certainement cancérigène, j’écrivais au tableau, le sujet :

« Mouvement du centre d’inertie d’un solide dans un repère galiléen. »

Maxime, celui qui croyait encore que la Terre était plate, crut s’être trompé de cours et pensa que je parlais en allemand !

Moi j’étais assis à mon bureau et comme un adolescent boutonneux, je dessinais des petits cœurs sur une feuille en pensant à Lola, la cruelle, la traitresse, la gueuse (2), bref mon amour-à-moi !

A la récré de dix heures, Jeanne tenta bien de m’offrir un café, mais je repoussais ses avances en lui criant :

-Vive, les sans-culottes ! 

Elle crut certainement que j’étais devenu fou (cela arrivait souvent chez les profs)  ou que j’avais bu un grand bécher d’alcool éthylique absolu (99,9%) dans mon labo de chimie.

A 17h30, de retour chez moi, je me demandais si Lola allait encore oser me proposer de lancer des cigarettes à Paulo, son mac, son souteneur, condamné à quinze ans de prison, on ne sait pas encore pourquoi.

Vers 21h, mon réservoir d’adrénaline étant pratiquement vide, je sortais dans la rue pour tenter d’apercevoir, de loin, celle qui avait brisé mon cœur. Les réverbères avaient des têtes à gifles et seuls quelques chats faméliques, tapinaient dans la rue…

A suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes :

 1-Faux-jeton : qui cache ses véritables sentiments ou ses opinions (par crainte d'en subir les conséquences).

2-Gueuse : femme de mauvaise vie qui se prostitue.

 

 

 


 
 
posté le 18-12-2017 à 10:16:13

Grasse (39).

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Se put-il que j’eusse oublié que Lola m’eût accordé la récompense promise ?

Avais-je le cerveau si ramolli pour effacer de ma mémoire ce que j’avais souhaité le plus ? Je regardais sa bouche en espérant qu’un éclair de lucidité vînt éclairer la zone sombre de mon cerveau. Rien, c’était le vide de l’espace, le néant qui régnait dans le cerveau de Nicolas Hulot, les promesses d’un certain président…

Dans cette rue sombre, où les réverbères faisaient figures de sentinelles catatoniques (1), nous étions face à face, ELLE et moi, seuls dans la nuit, comme si nous devions conclure un marché illégal. C’est fou, ce que j’avais envie d’elle, la posséder entièrement, par le corps et par l’esprit, l’attacher à moi, être sa potion illicite qui en faisait mon esclave. J’avais tout simplement, envie de lui dire :

- Lola, je t’aime ! 

Et j’aurai attendu sa réponse, avec inquiétude, les tripes entortillées comme celles d’une personne qui redoute les résultats de son test HIV.

Lola restait près de moi, sans rien dire et ma présence, mais s’en apercevait-elle seulement, ne faisait plus d’elle une pute qui tapinait. Nous étions un couple éphémère dans une rue sans nom, déserte et silencieuse, seulement troublée par les miaulements rauques des chats en rut, vagabonds de la nuit, si seuls et si désespérés.

En naviguant dans ses yeux, je niais une perte de mémoire, un symptôme pré-Alzheimer et comme je luttais contre cette éventualité, je demandais à Lola :

- Mais, dis-moi, c’était quoi ta récompense ? 

Son sourire sembla caresser les ailes d’un ange ; elle murmura :

- Les pneus de ta voiture n’ont pas été crevés ! 

Ah, c’était donc ça ! Je comprenais tout à présent. Les amis de Paulo étaient les responsables de toutes ces crevaisons et ils m’avaient épargné, moi, le professeur, celui qui fournissait des cigarettes au protecteur de Lola.

Je me hasardais à  lui exprimer ma déception :

 J’espérais une récompense sexuelle ! 

Elle semblait se moquer de moi avec tendresse :

- Je n’ai jamais pensé à cela ! 

Mais enfin, que fallait-il faire pour coucher avec elle ?

Je me rendais compte brutalement que Lola n’était qu’une pute et qu’il fallait utiliser un autre langage pour avoir une relation sexuelle avec elle :

- Tu veux combien pour une passe ?  lui dis-je vulgairement.

Lola claquemura son visage à double tour et me répondit : 

- Rien, car je ne baiserai jamais avec toi ! 

Elle rompit le contact rapidement et s’éloigna de moi en remuant les fesses.

Alors là, mon cerveau sembla prendre un bain d’acide chlorhydrique, comme s’il était incapable de résoudre l’équation de Schrödinger (2)…

A cinquante mètres plus haut, une voiture s’arrêta près de Lola qui se pencha vers la vitre baissée de la portière. Avant de monter dans le véhicule, elle tourna sa tête vers moi certainement pour vérifier si mon corps ne s’était pas transformé en ectoplasme (3)…

A suivre 

Notes :

1- Catatonique : en psychiatrie qui est caractérisé par une posture corporelle rigide, typique de certaines schizophrénies

2- L'équation de Schrödinger, conçue par le physicien autrichien Erwin Schrödinger en 1925, est une équation fondamentale en mécanique quantique. Elle décrit l'évolution dans le temps d'une particule massive non relativiste, et remplit ainsi le même rôle que la relation fondamentale de la dynamique en mécanique classique.

3- Ectoplasme : manifestation fantomatique produite par un Médium du corps duquel elle émane. Par extension, se dit au figuré d'une personne inconsistante, insignifiante, sans personnalité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Commentaires

 

1. gegedu28  le 18-12-2017 à 13:28:52  (site)

Bonjour,
Toujours aussi passionnante l'histoire de Lola.
Quant au style "Se put-il que j’eusse oublié ...", j'adore !
Suite au prochain feuilleton.
Bonne continuation,
Gégédu28

 
 
 
posté le 14-12-2017 à 08:43:12

Grasse (38).

 

Les journées sont longues et usantes au lycée, les heures, en présence de plus de trente élèves qu’il faut supporter et qui mènent tous une vie dans un monde parallèle, n’ont pas la même longueur que les heures normales assurées dans une autre profession.

Mais je sais, je parle dans le vide, car la plupart des personnes pensent que nous sommes tous des paresseux. Je leur suggère de venir passer une heure dans une classe « normale » et elles verront ce qu’il s’y passe.

Enfin, à 17h la sonnerie trébuche comme un gong qui nous sauve du KO. La journée de travail au lycée se termine et le retour à la maison n’est pas une sinécure car des copies à corriger nous attendent.

J’avais carrément oublié les événements de la nuit précédente, c’est-à-dire la crevaison des pneus des voitures des copropriétaires de mon immeuble.

J’avais échappé à ces « sabotages » et mes voisins me regardaient avec un air de suspicion qui, je dois l’admettre, était parfaitement compréhensible.

Après avoir garé ma voiture, mon œil chercha Lola qui aurait dû commencer déjà son turbin. Mais point de Lola dans les parages ; j’étais déçu, car quand je la voyais, mon cœur se mettait à jouer « l’appassionata » (1) de Beethoven en allégro assai.

Après avoir diné, vers 21h, je tentais une descente vers le local à poubelles pour y jeter mes ordures que je n’avais pas triées. Mais chut ne le dites à personne, on n'en est pas encore à la dictature du tri des déchets, mais je sens que ça ne va pas tarder.

Je vis de loin, Madame Coqualo qui traînait devant la porte du local. Elle attendait une victime mâle pour exercer ses talents de flûtiste émérite. C’était tentant et je pensais qu’une longue divagation dans sa bouche eût pu être très agréable. Mais je renonçais vite car Madame Coqualo ne se contentait pas d’une seule prestation et moi j’avais des copies à corriger et je voulais garder un minimum d’énergie pour ne pas sombrer dans le sommeil à partir de 22h18.

Pour éviter une ponction séminale, je décidais d’aller jeter mes ordures à l’extérieur, dans un endroit discret pour ne pas me faire repérer. Hélas pour moi, Monsieur Gédebras faisait les cents pas dans la rue pour surveiller les voitures. Un vent de folie soufflait dans le quartier.

Je dus employer des ruses de Sioux pour échapper à la vigilance de l’homme qui n’avait qu’un seul bras, mais qui avait deux yeux perçants comme ceux d’un aigle planant sur la Pampa.

Les réverbères éclairaient ce qu’ils pouvaient, on aurait cru qu’ils fussent anorexiques, malades aux visages blêmes, vivant par intermittence dans notre monde énergiephobe où le gaspillage faisait figure de péché mortel.

En tournant brutalement à droite, je me retrouvai dans une rue presque parallèle à celle de mon immeuble et qui devait monter vers des coins abandonnés par la lumière. Quelques poubelles semblaient digérer leurs ordures en émettant des rots nauséabonds.

Moi je marchais vite, avec, dans ma main droite, un sac en plastique noir maigrement rempli par les déchets de mon frugal repas. Je cherchais un lieu propice pour me débarrasser de cet objet encombrant et j’avais aussi peur qu’un dealer qui allait faire son trafic dans un quartier proche d’un commissariat.

C’est qu’il ne fallait pas plaisanter avec nos ordures, aussi persécutées que les cheyennes dans l’ancien Far-West. C’est alors que, sous un réverbère qui louchait, une idée morbide commença à ramollir mon cerveau. Je venais de me souvenir que, dans mon sac poubelle, j’avais jeté une enveloppe publicitaire où figuraient mon nom et mon adresse.

J’étais perdu ! La brigade de surveillance des poubelles pirates aurait eu tôt fait de me retrouver grâce à ces indices. Je me voyais déjà condamné à une lourde peine pour « trafic et abandon » d’ordures dans un lieu inapproprié, de quoi m’envoyer à la prison de Grasse pour quelques années…

Il ne me restait qu’une seule chose à faire, pour ne pas être désigné comme un criminel par les écologistes-disciples-de-Nicolas-Hulot-le-terrible, retrouver la lettre dans le sac poubelle et la détruire. Avez-vous tenté d’ouvrir un sac en plastique que vous aviez préalablement fermé hermétiquement ? C’est aussi impossible que de participer aux 24h du Mans en 10h.

C’est là que la déprime vous saisit et que vous dites que vous n’avez pas de chance dans la vie. Une idée pas si farfelue que ça, vint effleurer mon lobe frontal : déposer mon sac maudit dans un container-poubelle près de la maison située à cinquante mètres plus haut et y mettre le feu. C’était une solution moins dangereuse que celle d’abandonner mes déchets. Un pyromane risquait un mois de détention avec sursis, alors qu’un « trafiquant d’ordures », plusieurs années de prison. Seulement je n’avais pas d’allumettes sur moi. Mon cerveau fumait et pas besoin d’allumettes pour cela !

Mes yeux désespérés repérèrent une fille qui attendait des clients : en fait une pute qui tapinait en fumant une cigarette. Je me dirigeai vers elle et je m’aperçus un peu tard que c’était Lola ; elle avait changé de rue. J’étais plus que gêné avec mon sac poubelle et mon menton mal rasé.

Mon cœur commença à s’emballer comme le moteur d’une Ferrari vingt-quatre soupapes poussé dans ses derniers retranchements. Je ne pouvais plus reculer ; elle m’avait reconnu et venait vers moi en remuant ses fesses pour m’exciter davantage. Elle eut un petit sourire pervers, vicieux, angélique, craquant, mystérieux, je ne sais plus… J’oubliais les allumettes et je me jetais à l’eau en lui disant :

- J’attends toujours ma récompense ! 

C’est alors qu’elle me répondit, en me présentant ses seins pointus comme des poires sur un plateau :

- Mais, tu l’as déjà eue, ta récompense, mon chéri ! 

A cet instant précis, je me dis que j’allais certainement rejoindre Monsieur Ladérovitch, mon voisin atteint de la maladie d’Alzheimer.

Apparemment j’avais tout oublié…

A suivre

  

Notes :

1-La Sonate pour piano no 23 en fa mineur, op. 57, dite l'«Appassionata», a été composée par Ludwig van Beethoven entre 1804 et 1805. C'est sa vingt-troisième sonate sur trente-deux.

 

 

 

 

 

 


 
 
posté le 10-12-2017 à 09:04:28

Grasse (37).

Lorsque Jeanne devient jalouse...
***

Ce que je vis alors m’accabla…

Les pneus de ma voiture n’étaient pas crevés !

Je voyais Coqualo et Gédebras s’approcher de moi. Comment leur expliquer la situation ? Avec leur mauvaise foi habituelle, c’est sûr qu’ils allaient m’accuser d’être le responsable de la déprédation de leur voiture, puisque la mienne n’avait rien subi.

Monsieur Coqualo attaqua le premier :

- Alors, vos pneus ne sont pas crevés ! C’est vraiment bizarre ça ! 

Monsieur Gédebras renchérit :

- Ne serait-ce pas vous par hasard l’auteur de ces actes délictueux ? 

Que répondre à ça ? Leurs soupçons étaient légitimes, mais il n’y avait pas de preuve formelle.

J’essayais de me défendre comme je pouvais :

- Ma voiture était garée au bout de la rue, sous un lampadaire, c’était un endroit vraiment trop exposé pour celui qui a fait ça ! 

Ma logique semblait avoir autant d’effet que le frôlement d’une plume sur un mur en béton. Monsieur Coqualo, homo converti sur le tard, gardait au fond de son cœur, un zeste d’humanité. Il sembla avoir un peu pitié de moi en regardant mon visage décomposé. Il adoucit sa voix pour me dire :

- Remarquez que ça pourrait être Monsieur Ladérovitch qui n’a plus toute sa tête ou alors des amis de la pute ! 

Monsieur Gédebras se calma un peu lui aussi :

- Il faudrait avertir la police pour qu’elle fasse une enquête ! 

- C’est la meilleure solution !  reprit Monsieur Coqualo et il ajouta :

- Je vais téléphoner à Pipo et Aldo, mes deux amis CRS ! 

Je réfrénais un sourire en me souvenant de Pipo et Aldo, en petite tenue, maquillés comme des folles, lors de la soirée du coming out de Monsieur Coqualo et je me dis :

« Avec eux, je ne risque rien ! »

Ce jour-là, Lola ne tapinait pas dans la rue et elle disparut quelque temps.

Pour être honnête, moi je pensais que les auteurs de ces attentats devaient être des amis de Paulo qui voulaient se venger de l’attitude hostile des copropriétaires à l’égard de Lola. Mais je ne dis rien, bien sûr, pour ne pas lui procurer de graves ennuis.

Il était presque huit heures et je devais absolument rejoindre mon lycée pour ne pas être en retard. Je démarrais en trombe en faisant vrombir les 155 chevaux de mon moteur Alfa-Roméo seize soupapes pour narguer mes deux voisins qui me regardèrent, ébahis. 

J’arrivais juste à l’heure dans la cour de l’établissement et je passais, sans la voir, devant Jeanne qui dut penser que je lui faisais la tête.

A la récré de dix heures, elle vint s’asseoir à côté de moi, à ma droite, sur le fauteuil bleu-pétrole qui avait besoin d’un bon nettoyage. Elle voulut faire de l’humour puisqu’elle me dit :

- Hello darling ! 

Je répondis alors :

- Buna ziua draga ! 

C’était « bonjour chérie » en roumain, une phrase que j’avais relevée sur internet quand je draguais sur le web une fille de Bucarest…

Jeanne crut que les élèves que je venais d’avoir, m’avaient rendu fou et alors sa fibre maternelle (qui faisait tout son charme) se réveilla ; elle me dit :

- Tu veux que j’aille te chercher un café ? 

Je refusais poliment en prétextant que le café provoquait sur mon cœur des palpitations assez désagréables. C’est à ce moment-là, que Marilyn, la prof de philo, vint s’asseoir à ma gauche.

Elle m’expliqua que les pensées de Platon ne passaient pas bien chez ses élèves de terminale. Je ne voyais que son visage, mais peu à peu s’insinuèrent dans mon cerveau des souvenirs peu catholiques de la soirée que j’avais passée avec elle, juste avant l’arrivée d’Emile, son futur ex-mari, tueur à ses heures. Marilyn soupira, se leva  et en regardant ma braguette, elle me dit :

- Je me sens toute molle aujourd’hui et toi ?

Elle me tendait la perche pour que je lui répondisse:

- Moi, je me sens tout dur !

C'est ce que je fis. Elle éclata de rire et répliqua:

- Je vais me chercher un café. Tu en veux un aussi ? 

Je lui fis un sourire de première classe et je répondis :

-  Oui, merci, tu es gentille, le café me détend ! 

C’est alors que Jeanne, devenue rouge comme une « peony » (1) se leva brusquement en me lançant un regard qui ne rata pas sa cible. Pour elle, j’étais virtuellement mort, poignardé par ses yeux en attendant de me faire tuer réellement par Emile, le mari jaloux de Marilyn…

Décidément, le métier de prof est bien dangereux…

A suivre

Notes :

1-   Peony : pivoine en anglais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 
 
posté le 07-12-2017 à 12:58:47

Grasse (36).

              

Cette nuit-là, les heures coulèrent comme à rebours.

Vouloir dormir, lorsque Lola m’avait tutoyé pour la première fois, relevait d’une pure fantaisie.

Mon lit fut le témoin muet de mon agitation et presque de mon délire.

La nuit engloutit tout, c’est une mer agitée pour les insomniaques comme moi, une dérive du temps, un voyage incohérent dans un monde ouaté, un thermostat déréglé comme un schizophrène, sans logique, sans but, une errance vers le petit matin.

Lola voulait me récompenser du service que je lui rendais : faire parvenir à Paulo, son mec, taulard pour quinze ans encore à la prison de Grasse, ses cigarettes préférées.

J’avais accepté pour ses beaux yeux, ses jolies fesses qui remuaient comme si elles avaient une vie propre et ses seins-coups-de-poings, véritables uppercuts qui vous mettaient KO en moins de deux minutes. Devant elle, j’abdiquais, j’abandonnais, je jetais l’éponge, j’étais une larve avec des jambes qui flageolaient, comme si elles étaient en caramel mou abandonné au soleil.

Depuis que j’étais devenu amoureux de cette fille, je désirais lui faire l’amour et cela devenait une obsession. Mais la situation se compliquait, car mes sentiments pour ELLE bannissaient toute relation vénale. Poursuivais-je une chimère : me faire aimer par une pute ? Son corps était infidèle à Paulo, mais son cœur pouvait-il battre pour quelqu’un d’autre ?

Dans mes fantasmes les plus macabres, je me demandais, si ce que je lançais à Paulo par-dessus la coursive, étaient bien des cigarettes. N’était-ce pas plutôt de la drogue ? Et alors, je me voyais arrêté comme un dealer, moi le prof plus sérieux qu’une image pieuse.

J’imaginais le procès, le procureur qui m’accablait et le verdict me condamnant à deux ans de détention dans la prison de Grasse, dans la cellule de Paulo. Je me voyais assis à côté de lui, passant de longs moments à parler de Lola, notre amour à nous (surtout à moi, car je crois que Paulo n’a pas de cœur).

Et la récompense, je l’attendais comme on attend un orage au Sahara. Pourquoi Lola ne se décidait-elle pas à m’accorder ses faveurs ? Me trouvait-elle trop laid pour elle, trop nul peut-être ? Mais tout cela compte-t-il pour une pute ?

Le matin arriva en retard, comme une lettre à petite vitesse. Je m’étais endormi vers trois heures, épuisé par une bataille sans merci contre mon réveil muet comme une statue ; il ne « tictacquait » pas, il se contentait de faire défiler devant mes yeux hagards des chiffres lumineux rouges avec la régularité d’un TGV un jour de grève.  

Je sortis de mon immeuble à 7h30 pour aller travailler et je plongeai dans une situation plutôt anachronique :

- Mlle Belœil était en pleurs. Elle tenait son chien Cookie dans ses bras.

- Monsieur Coqualo courait dans tous les sens, poursuivi par sa femme la nympho du local à poubelles.

- Monsieur Gédebras, le manchot, hurlait en projetant ses bras  son bras vers le ciel.

- Monsieur Laderovitch, l’Alzheimer, commençait à retrouver sa mémoire.

Mais que se passait-il dans cette rue habituellement très calme ?

Monsieur Coqualo, l'homo, vint vers moi et, en me tripotant le bras, il me cria :

- Mais vous avez vu, vous avez vu ? Tous les pneus de nos voitures ont été crevés durant la nuit ! 

Et sa femme-langue-de-pute ajouta :

- Ça, c’est un coup de votre Lola ! 

Ma Lola ? J’aurais bien aimé que cela fût vrai !

Je marchais quelques mètres pour rejoindre ma voiture et ce que je vis alors, m’accabla !...

A suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Commentaires

 

1. biquette  le 07-12-2017 à 17:11:51  (site)

Bonsoir Alain et oui ça te tient sérieux le fait de grimper aux rideaux avec la Lola , la meuf a Paulo , note bien que pour Noël elle peut te faire un prix d'ami ( je plaisante )..... Dis donc il s'en passe des sérieuses dans ton quartier en plus des locataires qui sont plutôt du genre merdiques , et si a cause de ta bonté d'âme pour cette enjoleuse ça te méme a transporter de la chnouf , c'est grâve , alors ou vas tu atterir si tu continue le manége avec les cloppes au Paulo ou d'autres choses va savoir ce que tu balances sur le mur , ils ne sont pas sévéres dans cette prison, car je pense qu'il il doit y avoir des surveillants un peu partout , fais bien gaffe a tes plumes ......En plus faut des limites a tes envies , et comment tu vas t'en sortir avec cette virtuose du pageot ?...Je viendrais jeter un oeil pour la suite qui je pense va étre croustillante si tu reussis a convaincre la qualifiée des fantoches sublimes qui font s' envoler un méc au septiéme ciel a te donner le maxi pour que tu tombes dans les vaps ...Oui je serais trés curieuse de lire ça On en apprend a tout âge n' est-ce pas ? surtout reste bien les piéds sur terre pour tes éléves afin d'éviter de grosses bavures dans ta classe , a moins que tu sois en retraite alors là le rêve doit prendre une immense place dans ta vie ....Je voulais aussi te marquer , un petit bonjour de temps en temps ça fait plaisir , ça ne coûte pas grand chose et c'est une marque de politesse ....Passe une trés belle soirée .....Bise a+++++Lili

2. biquette  le 08-12-2017 à 10:11:09  (site)

Bonjour Alain je passe te faire un coucou et voir si tu es toujours sur le grill avec la Lola ...Je plaisante un peu quoi que le coeur n'y est pas , cet aprém j'enméne ma chienne se faire opérer alors j'ai de grosses boules dans la gorge .....Je te récrirais un peu plus tard dés que le moral ira mieux bisou a++++Lili

 
 
 
posté le 04-12-2017 à 10:19:11

Grasse (35).

Musée de la parfumerie.

(Grasse)

 

Grasse, ville parfumée à ses heures et quand le vent souffle comme il faut.

Grasse, il faut le dire, est une ville où l’on s’ennuie. C’est vrai que Cannes et Nice ne sont pas très loin. Mais il faut y aller en voiture et trouver à se garer. Par contre j’aime bien rentrer chez moi à pieds, après les cours, même si je rencontre parfois des élèves qui font semblant de ne pas me voir ou des parents que je repère à la façon qu’ils ont de me dévisager comme s’ils avaient rencontré un yéti   échappé de l’Himalaya.

Quand j’arrive dans ma rue, mes yeux scannent les trottoirs étroits pour détecter la présence de Lola qui tapine à des heures régulières. Une vraie fonctionnaire du sexe tarifié. Quand je la vois, de loin, mon cœur rajeunit et je me sens comme un adolescent amoureux. Lola, c’est le sexe sans problème, à la portée de la main et des bourses  de la bourse, du moins je le suppose, car elle n’affiche pas ses tarifs. Elle ne vient plus dans ma coursive, chassée par ce diable de Coqualo aidé par Mr Gédebras, le manchot, son acolyte malfaisant.

Lola m’a repéré et elle se dirige vers moi en remuant des hanches, sans doute involontairement, presque génétiquement. Je me demande, si un jour, j’arriverais à lui proposer une partie de « jambes en l’air », mais où ? Je ne sais pas à quel endroit elle emmène ses clients, peut-être dans sa voiture qu’elle gare dans une ruelle proche et mal éclairée ou bien à l’hôtel H….. qui dresse sa devanture décrépie sur une petite place plus triste qu’un jour pluvieux.

Lola est très proche de moi maintenant et je me sens matelot sur une chaloupe qui prend l’eau. Moi, j’ai tout juste envie de lui crier « je t’aime », mais est-ce possible avec une pute ?

Elle ne m’a jamais dit « chéri, tu viens ? », phrase archaïque c'est sûr, souvenir de mes lectures anciennes. C’est peut-être à moi de parler ? Je m’exerce à voix basse, « c’est combien ? ». Ça sonne faux, c’est trop direct, alors j’essaye une autre phrase « quels sont les tarifs de vos prestations ? » C’est nul, on dirait que je m’adresse à un garagiste. Lola, c’est le garage où je voudrais garer mon Alfa Roméo…

Elle est maintenant à cinquante centimètres de moi et je n’ai plus rien à imaginer, car je vois ses seins durs et en forme de poires, à peine cachés par un teeshirt moulant. Son parfum efface celui de la ville et crée autour de nous une sphère immatérielle, un petit cocon hors du temps dans cette rue déserte ou presque, car les chats tapinent aussi. Sait-elle que je suis professeur ? Peut-être a-t-elle gardé de très mauvais souvenirs de sa scolarité ? Pour en être arrivée là, j’imagine que ce n’était pas une surdouée pour les études.

Elle me regarde et je vois dans ses yeux brillants des étoiles plus palpitantes que celles qui se trouvent dans la constellation d’Orion, ma préférée. J’ai l’impression que ses pupilles sont un peu dilatées ; se droguerait-elle par hasard ? Ou peut-être a-t-elle un regard de myope.

Lola, ma jolie taupe, Lola mon amour à moi. Je me jette à l’eau, j’ouvre la bouche pour lui demander…Lui demander quoi ? Je bredouille, mes mots se coincent dans ma gorge, tombent en panne dans ma bouche ; je ressemble à Régis C….., un élève de CPPN que j’ai eu dans ma jeunesse et qui n’arrivait pas à s’exprimer.

Lola a un petit sourire presque attendri devant ce débile qui bafouille, moi, spécialiste en mécanique quantique, mais nul en amour…Elle me tend une cartouche de cigarettes et me dit :

« C’est pour Paulo ! »

C’est tout. Et elle s’en va. Je suis déçu, mais elle revient sur ses pas pour me dire :

« Je tiens toujours mes promesses, ne t’en fais pas ! »

Elle m’a tutoyé. Ça y est, je chavire ; ma chaloupe coule…

A suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Commentaires

 

1. Fanny39  le 04-12-2017 à 10:34:14  (site)

Super Joli. Excellente semaine en attendant 2018

2. ptit-n-ange  le 04-12-2017 à 10:57:38  (site)

Bonjour,

j'ai pris plaisir à lire votre billet. Au début je pensais n'en lire que quelques lignes mais je me suis laissée emportée par votre texte très bien écris.

C'est certain je repasserais vous lire.

Bon lundi.

Cordialement.

3. ptit-n-ange  le 05-12-2017 à 16:19:00  (site)

Bonjour Grasse,

merci de ton passage chez moi, j’ai apprécier. Je ne doute pas que l'article de Sciences et vie soit intéressant et je suis bien consciente que beaucoup de gens aiment la viande, j’étais comme ça avant mais de plus en plus je limite la viande surtout quand je vois le peu de considérations que les éleveurs et ceux qui les abattent ont pour ces pauvres bêtes.

De plus la viande est très chère et souvent de piètre qualité.

Mais cela reste un choix dont chacun est libre d'avoir.

Bonne fin de journée et au plaisir de te lire à nouveau

 
 
 
 

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