posté le 14-12-2017 à 08:43:12

Grasse (38).

 

Les journées sont longues et usantes au lycée, les heures, en présence de plus de trente élèves qu’il faut supporter et qui mènent tous une vie dans un monde parallèle, n’ont pas la même longueur que les heures normales assurées dans une autre profession.

Mais je sais, je parle dans le vide, car la plupart des personnes pensent que nous sommes tous des paresseux. Je leur suggère de venir passer une heure dans une classe « normale » et elles verront ce qu’il s’y passe.

Enfin, à 17h la sonnerie trébuche comme un gong qui nous sauve du KO. La journée de travail au lycée se termine et le retour à la maison n’est pas une sinécure car des copies à corriger nous attendent.

J’avais carrément oublié les événements de la nuit précédente, c’est-à-dire la crevaison des pneus des voitures des copropriétaires de mon immeuble.

J’avais échappé à ces « sabotages » et mes voisins me regardaient avec un air de suspicion qui, je dois l’admettre, était parfaitement compréhensible.

Après avoir garé ma voiture, mon œil chercha Lola qui aurait dû commencer déjà son turbin. Mais point de Lola dans les parages ; j’étais déçu, car quand je la voyais, mon cœur se mettait à jouer « l’appassionata » (1) de Beethoven en allégro assai.

Après avoir diné, vers 21h, je tentais une descente vers le local à poubelles pour y jeter mes ordures que je n’avais pas triées. Mais chut ne le dites à personne, on n'en est pas encore à la dictature du tri des déchets, mais je sens que ça ne va pas tarder.

Je vis de loin, Madame Coqualo qui traînait devant la porte du local. Elle attendait une victime mâle pour exercer ses talents de flûtiste émérite. C’était tentant et je pensais qu’une longue divagation dans sa bouche eût pu être très agréable. Mais je renonçais vite car Madame Coqualo ne se contentait pas d’une seule prestation et moi j’avais des copies à corriger et je voulais garder un minimum d’énergie pour ne pas sombrer dans le sommeil à partir de 22h18.

Pour éviter une ponction séminale, je décidais d’aller jeter mes ordures à l’extérieur, dans un endroit discret pour ne pas me faire repérer. Hélas pour moi, Monsieur Gédebras faisait les cents pas dans la rue pour surveiller les voitures. Un vent de folie soufflait dans le quartier.

Je dus employer des ruses de Sioux pour échapper à la vigilance de l’homme qui n’avait qu’un seul bras, mais qui avait deux yeux perçants comme ceux d’un aigle planant sur la Pampa.

Les réverbères éclairaient ce qu’ils pouvaient, on aurait cru qu’ils fussent anorexiques, malades aux visages blêmes, vivant par intermittence dans notre monde énergiephobe où le gaspillage faisait figure de péché mortel.

En tournant brutalement à droite, je me retrouvai dans une rue presque parallèle à celle de mon immeuble et qui devait monter vers des coins abandonnés par la lumière. Quelques poubelles semblaient digérer leurs ordures en émettant des rots nauséabonds.

Moi je marchais vite, avec, dans ma main droite, un sac en plastique noir maigrement rempli par les déchets de mon frugal repas. Je cherchais un lieu propice pour me débarrasser de cet objet encombrant et j’avais aussi peur qu’un dealer qui allait faire son trafic dans un quartier proche d’un commissariat.

C’est qu’il ne fallait pas plaisanter avec nos ordures, aussi persécutées que les cheyennes dans l’ancien Far-West. C’est alors que, sous un réverbère qui louchait, une idée morbide commença à ramollir mon cerveau. Je venais de me souvenir que, dans mon sac poubelle, j’avais jeté une enveloppe publicitaire où figuraient mon nom et mon adresse.

J’étais perdu ! La brigade de surveillance des poubelles pirates aurait eu tôt fait de me retrouver grâce à ces indices. Je me voyais déjà condamné à une lourde peine pour « trafic et abandon » d’ordures dans un lieu inapproprié, de quoi m’envoyer à la prison de Grasse pour quelques années…

Il ne me restait qu’une seule chose à faire, pour ne pas être désigné comme un criminel par les écologistes-disciples-de-Nicolas-Hulot-le-terrible, retrouver la lettre dans le sac poubelle et la détruire. Avez-vous tenté d’ouvrir un sac en plastique que vous aviez préalablement fermé hermétiquement ? C’est aussi impossible que de participer aux 24h du Mans en 10h.

C’est là que la déprime vous saisit et que vous dites que vous n’avez pas de chance dans la vie. Une idée pas si farfelue que ça, vint effleurer mon lobe frontal : déposer mon sac maudit dans un container-poubelle près de la maison située à cinquante mètres plus haut et y mettre le feu. C’était une solution moins dangereuse que celle d’abandonner mes déchets. Un pyromane risquait un mois de détention avec sursis, alors qu’un « trafiquant d’ordures », plusieurs années de prison. Seulement je n’avais pas d’allumettes sur moi. Mon cerveau fumait et pas besoin d’allumettes pour cela !

Mes yeux désespérés repérèrent une fille qui attendait des clients : en fait une pute qui tapinait en fumant une cigarette. Je me dirigeai vers elle et je m’aperçus un peu tard que c’était Lola ; elle avait changé de rue. J’étais plus que gêné avec mon sac poubelle et mon menton mal rasé.

Mon cœur commença à s’emballer comme le moteur d’une Ferrari vingt-quatre soupapes poussé dans ses derniers retranchements. Je ne pouvais plus reculer ; elle m’avait reconnu et venait vers moi en remuant ses fesses pour m’exciter davantage. Elle eut un petit sourire pervers, vicieux, angélique, craquant, mystérieux, je ne sais plus… J’oubliais les allumettes et je me jetais à l’eau en lui disant :

- J’attends toujours ma récompense ! 

C’est alors qu’elle me répondit, en me présentant ses seins pointus comme des poires sur un plateau :

- Mais, tu l’as déjà eue, ta récompense, mon chéri ! 

A cet instant précis, je me dis que j’allais certainement rejoindre Monsieur Ladérovitch, mon voisin atteint de la maladie d’Alzheimer.

Apparemment j’avais tout oublié…

A suivre

  

Notes :

1-La Sonate pour piano no 23 en fa mineur, op. 57, dite l'«Appassionata», a été composée par Ludwig van Beethoven entre 1804 et 1805. C'est sa vingt-troisième sonate sur trente-deux.

 

 

 

 

 

 


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posté le 10-12-2017 à 09:04:28

Grasse (37).

Lorsque Jeanne devient jalouse...
***

Ce que je vis alors m’accabla…

Les pneus de ma voiture n’étaient pas crevés !

Je voyais Coqualo et Gédebras s’approcher de moi. Comment leur expliquer la situation ? Avec leur mauvaise foi habituelle, c’est sûr qu’ils allaient m’accuser d’être le responsable de la déprédation de leur voiture, puisque la mienne n’avait rien subi.

Monsieur Coqualo attaqua le premier :

- Alors, vos pneus ne sont pas crevés ! C’est vraiment bizarre ça ! 

Monsieur Gédebras renchérit :

- Ne serait-ce pas vous par hasard l’auteur de ces actes délictueux ? 

Que répondre à ça ? Leurs soupçons étaient légitimes, mais il n’y avait pas de preuve formelle.

J’essayais de me défendre comme je pouvais :

- Ma voiture était garée au bout de la rue, sous un lampadaire, c’était un endroit vraiment trop exposé pour celui qui a fait ça ! 

Ma logique semblait avoir autant d’effet que le frôlement d’une plume sur un mur en béton. Monsieur Coqualo, homo converti sur le tard, gardait au fond de son cœur, un zeste d’humanité. Il sembla avoir un peu pitié de moi en regardant mon visage décomposé. Il adoucit sa voix pour me dire :

- Remarquez que ça pourrait être Monsieur Ladérovitch qui n’a plus toute sa tête ou alors des amis de la pute ! 

Monsieur Gédebras se calma un peu lui aussi :

- Il faudrait avertir la police pour qu’elle fasse une enquête ! 

- C’est la meilleure solution !  reprit Monsieur Coqualo et il ajouta :

- Je vais téléphoner à Pipo et Aldo, mes deux amis CRS ! 

Je réfrénais un sourire en me souvenant de Pipo et Aldo, en petite tenue, maquillés comme des folles, lors de la soirée du coming out de Monsieur Coqualo et je me dis :

« Avec eux, je ne risque rien ! »

Ce jour-là, Lola ne tapinait pas dans la rue et elle disparut quelque temps.

Pour être honnête, moi je pensais que les auteurs de ces attentats devaient être des amis de Paulo qui voulaient se venger de l’attitude hostile des copropriétaires à l’égard de Lola. Mais je ne dis rien, bien sûr, pour ne pas lui procurer de graves ennuis.

Il était presque huit heures et je devais absolument rejoindre mon lycée pour ne pas être en retard. Je démarrais en trombe en faisant vrombir les 155 chevaux de mon moteur Alfa-Roméo seize soupapes pour narguer mes deux voisins qui me regardèrent, ébahis. 

J’arrivais juste à l’heure dans la cour de l’établissement et je passais, sans la voir, devant Jeanne qui dut penser que je lui faisais la tête.

A la récré de dix heures, elle vint s’asseoir à côté de moi, à ma droite, sur le fauteuil bleu-pétrole qui avait besoin d’un bon nettoyage. Elle voulut faire de l’humour puisqu’elle me dit :

- Hello darling ! 

Je répondis alors :

- Buna ziua draga ! 

C’était « bonjour chérie » en roumain, une phrase que j’avais relevée sur internet quand je draguais sur le web une fille de Bucarest…

Jeanne crut que les élèves que je venais d’avoir, m’avaient rendu fou et alors sa fibre maternelle (qui faisait tout son charme) se réveilla ; elle me dit :

- Tu veux que j’aille te chercher un café ? 

Je refusais poliment en prétextant que le café provoquait sur mon cœur des palpitations assez désagréables. C’est à ce moment-là, que Marilyn, la prof de philo, vint s’asseoir à ma gauche.

Elle m’expliqua que les pensées de Platon ne passaient pas bien chez ses élèves de terminale. Je ne voyais que son visage, mais peu à peu s’insinuèrent dans mon cerveau des souvenirs peu catholiques de la soirée que j’avais passée avec elle, juste avant l’arrivée d’Emile, son futur ex-mari, tueur à ses heures. Marilyn soupira, se leva  et en regardant ma braguette, elle me dit :

- Je me sens toute molle aujourd’hui et toi ?

Elle me tendait la perche pour que je lui répondisse:

- Moi, je me sens tout dur !

C'est ce que je fis. Elle éclata de rire et répliqua:

- Je vais me chercher un café. Tu en veux un aussi ? 

Je lui fis un sourire de première classe et je répondis :

-  Oui, merci, tu es gentille, le café me détend ! 

C’est alors que Jeanne, devenue rouge comme une « peony » (1) se leva brusquement en me lançant un regard qui ne rata pas sa cible. Pour elle, j’étais virtuellement mort, poignardé par ses yeux en attendant de me faire tuer réellement par Emile, le mari jaloux de Marilyn…

Décidément, le métier de prof est bien dangereux…

A suivre

Notes :

1-   Peony : pivoine en anglais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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posté le 07-12-2017 à 12:58:47

Grasse (36).

              

Cette nuit-là, les heures coulèrent comme à rebours.

Vouloir dormir, lorsque Lola m’avait tutoyé pour la première fois, relevait d’une pure fantaisie.

Mon lit fut le témoin muet de mon agitation et presque de mon délire.

La nuit engloutit tout, c’est une mer agitée pour les insomniaques comme moi, une dérive du temps, un voyage incohérent dans un monde ouaté, un thermostat déréglé comme un schizophrène, sans logique, sans but, une errance vers le petit matin.

Lola voulait me récompenser du service que je lui rendais : faire parvenir à Paulo, son mec, taulard pour quinze ans encore à la prison de Grasse, ses cigarettes préférées.

J’avais accepté pour ses beaux yeux, ses jolies fesses qui remuaient comme si elles avaient une vie propre et ses seins-coups-de-poings, véritables uppercuts qui vous mettaient KO en moins de deux minutes. Devant elle, j’abdiquais, j’abandonnais, je jetais l’éponge, j’étais une larve avec des jambes qui flageolaient, comme si elles étaient en caramel mou abandonné au soleil.

Depuis que j’étais devenu amoureux de cette fille, je désirais lui faire l’amour et cela devenait une obsession. Mais la situation se compliquait, car mes sentiments pour ELLE bannissaient toute relation vénale. Poursuivais-je une chimère : me faire aimer par une pute ? Son corps était infidèle à Paulo, mais son cœur pouvait-il battre pour quelqu’un d’autre ?

Dans mes fantasmes les plus macabres, je me demandais, si ce que je lançais à Paulo par-dessus la coursive, étaient bien des cigarettes. N’était-ce pas plutôt de la drogue ? Et alors, je me voyais arrêté comme un dealer, moi le prof plus sérieux qu’une image pieuse.

J’imaginais le procès, le procureur qui m’accablait et le verdict me condamnant à deux ans de détention dans la prison de Grasse, dans la cellule de Paulo. Je me voyais assis à côté de lui, passant de longs moments à parler de Lola, notre amour à nous (surtout à moi, car je crois que Paulo n’a pas de cœur).

Et la récompense, je l’attendais comme on attend un orage au Sahara. Pourquoi Lola ne se décidait-elle pas à m’accorder ses faveurs ? Me trouvait-elle trop laid pour elle, trop nul peut-être ? Mais tout cela compte-t-il pour une pute ?

Le matin arriva en retard, comme une lettre à petite vitesse. Je m’étais endormi vers trois heures, épuisé par une bataille sans merci contre mon réveil muet comme une statue ; il ne « tictacquait » pas, il se contentait de faire défiler devant mes yeux hagards des chiffres lumineux rouges avec la régularité d’un TGV un jour de grève.  

Je sortis de mon immeuble à 7h30 pour aller travailler et je plongeai dans une situation plutôt anachronique :

- Mlle Belœil était en pleurs. Elle tenait son chien Cookie dans ses bras.

- Monsieur Coqualo courait dans tous les sens, poursuivi par sa femme la nympho du local à poubelles.

- Monsieur Gédebras, le manchot, hurlait en projetant ses bras  son bras vers le ciel.

- Monsieur Laderovitch, l’Alzheimer, commençait à retrouver sa mémoire.

Mais que se passait-il dans cette rue habituellement très calme ?

Monsieur Coqualo, l'homo, vint vers moi et, en me tripotant le bras, il me cria :

- Mais vous avez vu, vous avez vu ? Tous les pneus de nos voitures ont été crevés durant la nuit ! 

Et sa femme-langue-de-pute ajouta :

- Ça, c’est un coup de votre Lola ! 

Ma Lola ? J’aurais bien aimé que cela fût vrai !

Je marchais quelques mètres pour rejoindre ma voiture et ce que je vis alors, m’accabla !...

A suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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1. biquette  le 07-12-2017 à 17:11:51  (site)

Bonsoir Alain et oui ça te tient sérieux le fait de grimper aux rideaux avec la Lola , la meuf a Paulo , note bien que pour Noël elle peut te faire un prix d'ami ( je plaisante )..... Dis donc il s'en passe des sérieuses dans ton quartier en plus des locataires qui sont plutôt du genre merdiques , et si a cause de ta bonté d'âme pour cette enjoleuse ça te méme a transporter de la chnouf , c'est grâve , alors ou vas tu atterir si tu continue le manége avec les cloppes au Paulo ou d'autres choses va savoir ce que tu balances sur le mur , ils ne sont pas sévéres dans cette prison, car je pense qu'il il doit y avoir des surveillants un peu partout , fais bien gaffe a tes plumes ......En plus faut des limites a tes envies , et comment tu vas t'en sortir avec cette virtuose du pageot ?...Je viendrais jeter un oeil pour la suite qui je pense va étre croustillante si tu reussis a convaincre la qualifiée des fantoches sublimes qui font s' envoler un méc au septiéme ciel a te donner le maxi pour que tu tombes dans les vaps ...Oui je serais trés curieuse de lire ça On en apprend a tout âge n' est-ce pas ? surtout reste bien les piéds sur terre pour tes éléves afin d'éviter de grosses bavures dans ta classe , a moins que tu sois en retraite alors là le rêve doit prendre une immense place dans ta vie ....Je voulais aussi te marquer , un petit bonjour de temps en temps ça fait plaisir , ça ne coûte pas grand chose et c'est une marque de politesse ....Passe une trés belle soirée .....Bise a+++++Lili

2. biquette  le 08-12-2017 à 10:11:09  (site)

Bonjour Alain je passe te faire un coucou et voir si tu es toujours sur le grill avec la Lola ...Je plaisante un peu quoi que le coeur n'y est pas , cet aprém j'enméne ma chienne se faire opérer alors j'ai de grosses boules dans la gorge .....Je te récrirais un peu plus tard dés que le moral ira mieux bisou a++++Lili

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posté le 04-12-2017 à 10:19:11

Grasse (35).

Musée de la parfumerie.

(Grasse)

 

Grasse, ville parfumée à ses heures et quand le vent souffle comme il faut.

Grasse, il faut le dire, est une ville où l’on s’ennuie. C’est vrai que Cannes et Nice ne sont pas très loin. Mais il faut y aller en voiture et trouver à se garer. Par contre j’aime bien rentrer chez moi à pieds, après les cours, même si je rencontre parfois des élèves qui font semblant de ne pas me voir ou des parents que je repère à la façon qu’ils ont de me dévisager comme s’ils avaient rencontré un yéti   échappé de l’Himalaya.

Quand j’arrive dans ma rue, mes yeux scannent les trottoirs étroits pour détecter la présence de Lola qui tapine à des heures régulières. Une vraie fonctionnaire du sexe tarifié. Quand je la vois, de loin, mon cœur rajeunit et je me sens comme un adolescent amoureux. Lola, c’est le sexe sans problème, à la portée de la main et des bourses  de la bourse, du moins je le suppose, car elle n’affiche pas ses tarifs. Elle ne vient plus dans ma coursive, chassée par ce diable de Coqualo aidé par Mr Gédebras, le manchot, son acolyte malfaisant.

Lola m’a repéré et elle se dirige vers moi en remuant des hanches, sans doute involontairement, presque génétiquement. Je me demande, si un jour, j’arriverais à lui proposer une partie de « jambes en l’air », mais où ? Je ne sais pas à quel endroit elle emmène ses clients, peut-être dans sa voiture qu’elle gare dans une ruelle proche et mal éclairée ou bien à l’hôtel H….. qui dresse sa devanture décrépie sur une petite place plus triste qu’un jour pluvieux.

Lola est très proche de moi maintenant et je me sens matelot sur une chaloupe qui prend l’eau. Moi, j’ai tout juste envie de lui crier « je t’aime », mais est-ce possible avec une pute ?

Elle ne m’a jamais dit « chéri, tu viens ? », phrase archaïque c'est sûr, souvenir de mes lectures anciennes. C’est peut-être à moi de parler ? Je m’exerce à voix basse, « c’est combien ? ». Ça sonne faux, c’est trop direct, alors j’essaye une autre phrase « quels sont les tarifs de vos prestations ? » C’est nul, on dirait que je m’adresse à un garagiste. Lola, c’est le garage où je voudrais garer mon Alfa Roméo…

Elle est maintenant à cinquante centimètres de moi et je n’ai plus rien à imaginer, car je vois ses seins durs et en forme de poires, à peine cachés par un teeshirt moulant. Son parfum efface celui de la ville et crée autour de nous une sphère immatérielle, un petit cocon hors du temps dans cette rue déserte ou presque, car les chats tapinent aussi. Sait-elle que je suis professeur ? Peut-être a-t-elle gardé de très mauvais souvenirs de sa scolarité ? Pour en être arrivée là, j’imagine que ce n’était pas une surdouée pour les études.

Elle me regarde et je vois dans ses yeux brillants des étoiles plus palpitantes que celles qui se trouvent dans la constellation d’Orion, ma préférée. J’ai l’impression que ses pupilles sont un peu dilatées ; se droguerait-elle par hasard ? Ou peut-être a-t-elle un regard de myope.

Lola, ma jolie taupe, Lola mon amour à moi. Je me jette à l’eau, j’ouvre la bouche pour lui demander…Lui demander quoi ? Je bredouille, mes mots se coincent dans ma gorge, tombent en panne dans ma bouche ; je ressemble à Régis C….., un élève de CPPN que j’ai eu dans ma jeunesse et qui n’arrivait pas à s’exprimer.

Lola a un petit sourire presque attendri devant ce débile qui bafouille, moi, spécialiste en mécanique quantique, mais nul en amour…Elle me tend une cartouche de cigarettes et me dit :

« C’est pour Paulo ! »

C’est tout. Et elle s’en va. Je suis déçu, mais elle revient sur ses pas pour me dire :

« Je tiens toujours mes promesses, ne t’en fais pas ! »

Elle m’a tutoyé. Ça y est, je chavire ; ma chaloupe coule…

A suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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1. Fanny39  le 04-12-2017 à 10:34:14  (site)

Super Joli. Excellente semaine en attendant 2018

2. ptit-n-ange  le 04-12-2017 à 10:57:38  (site)

Bonjour,

j'ai pris plaisir à lire votre billet. Au début je pensais n'en lire que quelques lignes mais je me suis laissée emportée par votre texte très bien écris.

C'est certain je repasserais vous lire.

Bon lundi.

Cordialement.

3. ptit-n-ange  le 05-12-2017 à 16:19:00  (site)

Bonjour Grasse,

merci de ton passage chez moi, j’ai apprécier. Je ne doute pas que l'article de Sciences et vie soit intéressant et je suis bien consciente que beaucoup de gens aiment la viande, j’étais comme ça avant mais de plus en plus je limite la viande surtout quand je vois le peu de considérations que les éleveurs et ceux qui les abattent ont pour ces pauvres bêtes.

De plus la viande est très chère et souvent de piètre qualité.

Mais cela reste un choix dont chacun est libre d'avoir.

Bonne fin de journée et au plaisir de te lire à nouveau

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posté le 01-12-2017 à 13:25:40

Grasse (34).

 

Jeanne dans la salle des professeurs.

 

Un peu étonné par l’attitude de Jeanne, je fus bien obligé de regarder entre ses cuisses rondes. La pénombre de la salle des professeurs n’offrait pas un éclairage idéal pour ce genre d’observation scientifique. Je ne voyais que du noir et je me demandais si c’était du lard ou du cochon, heu non, je voulais dire, une culotte ou une toison… J’avais envie de lui demander, de rester comme ça, pendant que j’allais chercher mes lunettes que j’avais bêtement abandonnées sur la grande table. Mais je n’ai pas osé, car je suis un grand timide, moi !

Jeanne me regarda avec un demi-sourire et murmura :

- Voilà, tu es content ? Mais c’est la dernière chose que je fais pour toi !

Content, content, c’était vite dit car j’arrivais à la conclusion mathématique suivante :

« Si elle ne porte pas de culotte noire, elle n’est pas épilée ! ».

Elle se leva pour aller prendre ses élèves et je la suivis dans l’étroit escalier qui nous faisait descendre dans la cour. Avant d’y être, je me penchais vers son oreille pour lui dire :

- Il faudra que tu fasses mieux la prochaine fois ! Je te donnerai les instructions nécessaires en temps voulu, dans ton casier… 

Elle se retourna pour me lancer un regard de haine qui me décapita et elle cria presque : 

- Tu n’as qu’à aller voir ta pute ! 

J’aurais bien aimé, moi, que Lola fût ma pute ! Mais c’était celle de Paulo, mon voisin à la prison de Grasse.

A la récréation de quinze heures, je m’installais à côté de Marilyne, la prof de philo. J’avais envie de sentir sa cuisse musclée contre la mienne, histoire de soulager mes neurones, après une heure de cours avec les secondes, seulement capables de compter les mouches, même quand il n’y en avait pas. Effectivement, la cuisse de Marilyne, transféra mon énergie intellectuelle située probablement dans mon cortex cervical, vers un endroit magique où avaient lieu de mystérieuses réactions chimiques qui transformaient le mol argile en acier et inversement… Elle se pencha vers moi et glissa dans mon oreille :

- Tu as le bonjour d’Emile ! 

Emile, c’était son futur ex-mari, certainement psychotique et assassin à ses heures. Elle me tendit, en riant, un bristol où figurait une invitation à son club de tir à l’arc. Moi, je n’avais pas envie de jouer aux indiens avec un fou capable de m’attacher à un poteau de torture pour me cribler de flèches.  Je refusais donc cette invitation dangereuse. Marilyne gloussa, en me traitant de peureux.

Jeanne entra dans la salle après un long passage aux toilettes. Elle nous regarda à la dérobée et se précipita vers son casier, qu’elle ouvrit, je crois, avec une main tremblante. S’attendait-elle à trouver mes instructions ? Elle se retourna vers moi et me transmit, de loin, un message brouillé. Etait-elle déçue ou soulagée ?

 

A suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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1. gegedu28  le 01-12-2017 à 14:26:19  (site)

Bonjour,
Toujours aussi intéressant.
J'attends la suite, LOL.
Bonne continuation.
Gégédu28

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