posté le 22-04-2018 à 08:37:27

Grasse (59).

 

Monsieur Laderovitch: "Je ne suis pas fou ! "

 

Après plusieurs refrains de chansons enfantines qui faisaient réagir Monsieur Laderovitch, pourtant âgé de plus de soixante-dix ans, je me hasardais à lui dire :

- Lola, Lola…

Aussitôt son regard se figea et ses yeux prirent l’aspect de billes translucides et dépourvues de vie.

Ma méthode, que je crus un instant géniale, montrait ses limites et je compris que les neurones de mon voisin étaient définitivement noyés dans la glu isolante de la maladie d’Alzheimer. Je n’avais plus à côté de moi, qu’un pantin à la mémoire désarticulée, muré dans un silence digne des moines trappistes (1), insectes muets dans leur gigantesque cathédrale.

Il ne me restait plus qu’à raccompagner Monsieur Laderovitch chez lui, en le guidant par l’avant-bras. Sa femme, inquiète, me dit :

- Oh, merci. Victor s’est échappé ce matin sans prendre ses neuroleptiques (2) !

Et immédiatement, dans un demi-verre d’eau, elle introduisit au moins vingt gouttes de la précieuse camisole chimique, que son mari avala sans rien dire. Presqu’aussitôt, Victor sombra dans le monde du silence peuplé de créatures improbables et monstrueuses.

Moi, je regagnais mon appartement déçu par mon échec.

Que pouvais-je faire pour retrouver Lola ?

Si au moins j’avais eu une photo d’elle, j’aurais pu la montrer à Monsieur Laderovitch pour ranimer sa mémoire qui ne tenait qu’à un fil. Rien, je n’avais absolument rien de Lola, seule sa beauté hantait mon cerveau et le remplissait à ras-bord.

Ma nuit fut un voyage au long cours dans un lit balloté par les cauchemars. Et, vers deux heures du matin, une idée germa dans mon cerveau comme une graine dans un champ de misère :

- Mais peut-être que Brigitte possédait une photo de Lola ?

Brigitte était sa copine et l’avait remplacée à la cuisse levée (3) sur le trottoir. Pour être  plus clair, Brigitte était une pute qui tapinait dans ma rue. Seulement, elle avait des horaires de fonctionnaire veilleur de nuit : de 21h à 5h du matin.

Ce n’était pas un créneau convenable pour un professeur respectable comme moi ! Et pourtant, amour quand tu nous tiens…

Je décidais d’aller voir Brigitte le soir même vers 21h15, juste pour lui demander si elle avait une photo de Lola. Par précaution, je plaçais deux billets de cinquante euros et un de vingt euros dans mon portefeuille, dans le cas fortement improbable où je devais « donner de ma personne ». Je ne connaissais pas les tarifs des belles de nuit…

Je reconnus Brigitte de loin, elle tapinait sous un réverbère situé juste en face de la boucherie chevaline « Pégase » ; le boucher était un poète inspiré par la mythologie grecque…

Je passais devant elle en louchant sur ses belles cuisses qui apparaissaient au-dessous de sa mini-jupe en cuir noir. Timide comme j’étais, je n’osais pas l’aborder et au bout d’une cinquantaine de mètres, je fis demi-tour pour traverser, une nouvelle fois, la sphère impalpable de son parfum envoûtant.

En pècheresse experte, Brigitte huma le poisson frétillant et elle le  ferra d’une manière classique :

- Tu viens chéri ?

Heureusement que la lumière blafarde du réverbère atténua la rougeur qui naquit sur mes deux joues.

Je ne pouvais plus reculer !

Je devais me sacrifier pour la bonne cause !...

 

A suivre

 

Notes :

 

1 : Moine trappiste : Moine cloîtré appartenant à l'ordre cistercien de la stricte observance et vivant dans le silence, la prière et le travail manuel.

2 : Les neuroleptiques (du grec neuron, nerf et leptos, qui affaiblit) ou antipsychotiques (contre la psychose) sont des médicaments utilisés pour leur effet tranquillisants, anti-délirants et contre la désorganisation des pensées. Ils sont utilisés notamment dans le traitement de certaines affections psychiatriques telles que la schizophrénie, les troubles bipolaires et certains autres syndromes comportant des hallucinations, un délire et de l'agitation psychomotrice.

3 : Au pied levé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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posté le 15-04-2018 à 08:40:43

Grasse (58).

  

Je devais, au plus vite, rencontrer Monsieur Laderovitch !

Cela s’annonçait très difficile, car sa femme le bourrait de neuroleptiques et le maintenait pratiquement prisonnier dans son appartement. Je l’apercevais bien de temps en temps, errant dans le hall de l’immeuble ou dans les couloirs, perdu à jamais dans le labyrinthe du temps et de l’oubli.

Comment faire parler cet homme au cerveau vide ? Ou du moins comment obtenir des bribes, même ténues, d’informations qui auraient pu orienter mes recherches sur la disparition de Lola ?

Un matin, après une nuit passée dans des brumes incertaines, alors que le manque de sommeil  obscurcissait l’horizon de ma future journée, en regardant par la fenêtre, je vis  Monsieur Laderovitch accoudé sur la rambarde de ma coursive qui dominait la cour de la sinistre prison.

C’était mon jour de chance. Le pauvre homme s’était encore perdu ! Il fallait que je l’approchasse sans l’effrayer. J’ouvris la porte d’entrée de mon appartement et la laissais béante comme on prépare un piège pour capturer une proie. Moi, je me cachais presque, au fond du hall de manière à ce que mon éventuel informateur ne pût me voir.  Et j’attendis !

Comme une mouche attirée par une fenêtre ou une porte ouverte, Monsieur Laderovitch finit par entrer dans mon appartement. Il passa devant moi sans me regarder et alla s’asseoir sur le canapé du salon : il croyait qu’il était chez lui !

Il fallait que j’allasse vers lui tout doucement pour ne pas provoquer chez mon visiteur inattendu un sentiment de panique. Il me regarda avec ses yeux vitreux façonnés dans la crainte et l’incompréhension. Que croyait-il voir dans son délire quasi permanent ?  

- Une personne inconnue, certainement,

- Un monstre dangereux, peut-être,

- Un ennemi qui voulait le tuer, c’était probable.

J’évitais de le regarder dans les yeux. Son visage était creusé de rides profondes qui martelaient l’angoisse caractérisée par un rictus sans répit. Je m’approchais de lui aussi lentement que possible, ma tête légèrement tournée vers le côté pour ne pas affronter son regard de fou. Et je finis par m’asseoir à sa droite dans le fauteuil situé à cinquante centimètres de lui.

Au bout de trente secondes, Monsieur Laderovitch ne me regarda plus : il avait oublié ma présence et, dans un acte répétitif qui devait le rassurer un peu, il vidait puis remplissait une petite boîte d’allumettes que j’avais oubliée sur la petite table en verre située juste devant le canapé.

Comment établir un contact, même éphémère, avec lui ? Autant espérer bavarder avec un martien moyenâgeux errant dans la Pampa. Il oubliait instantanément tous les actes liés au présent immédiat.  Je connaissais très mal mon voisin et son passé m’était aussi opaque que la grande muraille de Chine. Alors j’eus l’idée de chanter :

- « Allons enfants de la patrie…. »

Le début de la Marseillaise.

Monsieur Laderovitch, arrêta brusquement de jouer avec les allumettes et me lança un regard où semblait briller une lueur infinitésimale de raison. La Marseillaise devait certainement entrer en résonnance, dans son cerveau malade, avec des événements anciens, datant peut-être de la seconde guerre mondiale. Mais ce bref instant de lucidité ne dura que quelques secondes et mon voisin Alzheimer replongea bien vite dans son délire répétitif du vidage et du remplissage de la boîte d’allumettes.

Alors je décidais de voyager encore plus loin dans son passé et je commençai à fredonner :

 

- « Il était une bergère qui gardait ses moutons … »

 

Monsieur Laderovitch fut comme secoué par un tremblement électrique, son rictus angoissé se déplissa un peu et, en plongeant son regard fixe dans le mien, il répondit :

-« Et ron et ron petit patapon… »

 

                   

 

 

A suivre

 

 

 

                   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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posté le 08-04-2018 à 09:01:59

Grasse (57).

 

Les yeux de Michèle Morgan...

 

« Entrez, entrez »! Il était marrant, Monsieur Coqualo !

Encore aurait-il fallu que je pusse accéder à une pièce de 1,50m2 dans laquelle se trouvaient déjà trois hommes enchevêtrés et à demi-dévêtus : Monsieur Coqualo donc, avec Aldo et Pipo, qui pratiquaient des activités peu recommandables.

- Il y a encore de la place, on va se serrer un peu, me dit Aldo avec le sourire carnassier d’un moine défroqué.

Je craignais pour ma vertu, mais il fallait absolument que je parlasse aux deux CRS qui avaient mené un embryon d’enquête concernant le rapt de Lola.

Planté, devant la porte des toilettes, je ne savais plus quoi faire.

- Je vous attends au salon, j’ai quelque chose à vous demander, dis-je à la cantonade, en espérant capter l’attention des deux policiers dont les membres avaient des positions vraiment incongrues.

- Tout service mérite récompense ! parvint à articuler Monsieur Coqualo qui avait réussi à libérer sa bouche de l’encombrante matraque vivante de l’un des deux CRS.

Je me dirigeais vers le salon en redoutant des rencontres collantes. Fatalement, je tombai sur Mademoiselle Belœil qui avait perdu la moitié de son pucelage dans la salle de bains. Elle me fit des yeux doux ou du moins elle essaya, car ses yeux globuleux étaient loin de ressembler à ceux de Michèle Morgan (1).

Dans le salon, les loups m’accueillirent avec enthousiasme comme s’ils reniflaient la chair fraîche d’un agneau vraiment innocent. Il planait, dans ce lieu de débauche, une atmosphère de fin du monde. Ils étaient tous avachis et presque décomposés sur les fauteuils et sur le canapé, muets, la bouche ouverte, comme des poissons sortis de l’eau.

Je me mis à attendre Aldo et Pipo en esquivant les attaques mollassonnes de quelques guerriers ramollis.

Et je patientais une heure, longue comme une heure passée à Kaboul, la nuit, dans une rue sans nom, peuplée de Talibans. Et tout ça pour l’amour d’une pute !

Enfin, ils arrivèrent les trois zigotos. Débraillés, le teint rougeaud, ils dégageaient une odeur à vomir. Aldo vint vers moi, il avait la mine décomposée des momies pharaoniennes.

- Alors, quel est votre problème ? me dit-il en déglutissant.

- Voilà, je recherche des informations sur le rapt de Lola !

Il me regarda comme si je parlais en Egyptien ancien.

- Je dois avouer que l’on ne sait pratiquement rien. Elle a été enlevée par le gang des parfumeurs grassois (2) à ce qu’il paraît.

Je n’étais guère avancé et j’insistais pour en savoir davantage.

Aldo était pressé d’en finir et je le soupçonnais d’avoir une idée derrière la tête.

- Il n’y a eu qu’un seul témoin ! Voulez-vous qu’on aille se rafraîchir dans la salle de bains ?

- Et quel est ce témoin ?

- Je n’ai pas droit de vous le dire, mais entre amis si, c’est Monsieur Ladérovitch !

- Merci Aldo, je file. Je vais essayer d’interroger Monsieur Ladérovitch.

Le seul problème, c’est que Monsieur Ladérovitch avait la maladie d’Alzheimer !...

 

A suivre

 

Notes :

 

1-  Michèle Morgan : de son vrai nom Simone Roussel, est une actrice française, née le 29 février 1920 à Neuilly-sur-Seine, dans le département de la Seine (aujourd'hui Hauts-de-Seine).

2- Gang des parfumeurs grassois : Célèbre gang de la Côte d’Azur, qui aspergeait ses victimes avec du parfum.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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posté le 31-03-2018 à 08:53:29

Grasse (56).

Et Monsieur Coqualo entra dans la salle de bains !

Sa femme était en train de me jouer un concerto de flûte à bec et moi j’étais sur le point de m’épancher dans sa bouche. Ma tête se trouvait coincée entre les cuisses de Mademoiselle Belœil qui me faisait un masque de beauté avec son fluide intime tiède et gluant. Hélianthine gloussait comme une poule qui voulait séduire le coq de la basse-cour. Monsieur Coqualo jeta un regard discret sur ce tableau inconvenant et dit simplement :

- Je ne fais que passer. Ne vous dérangez pas pour moi ! Je viens chercher de la vaseline, on est tombé en panne.

Ouf, je fus un peu soulagé, car je crus un instant qu’il voulait me trucider en voyant sa femme câliner ma courgette. Il repartit avec un tube de gelée lubrificatrice en sifflotant un air que je ne connaissais pas.

Il ne fallait pas que j’oubliasse mon obsession, qui était de retrouver Lola et dans un sursaut viril je projetais dans la bouche de ma bienfaitrice une salve de plomb fondu qu’elle avala avec plaisir.

J’abandonnai mes deux coquines et je partis à la recherche d’Aldo et de Pipo. Ma mission s’annonçait périlleuse ; je me sentais comme un agneau innocent qui voulait jouer avec deux loups aux crocs acérés.

Dans le salon qui baignait dans un brouillard de fumée pas très catholique, je ne vis pas les deux CRS aux jupons roses ; seuls quelques couples de sexes indéterminés s’affrontaient dans des positions acrobatiques.

Je dus me résoudre à aller explorer les deux chambres, la cuisine et les toilettes en redoutant ce que j’allais certainement trouver. J’avais l’impression d’évoluer dans un film épouvanto-pornographique interdit aux moins de quarante-cinq ans. Dans la première chambre, rien de bien intéressant : un classique, deux femmes s’époumonaient sur le lit.

Dans la deuxième, je préfère ne pas vous révéler ce que je vis. Dans la cuisine, Monsieur Gédebras, le manchot, dont j’ignorais la conversion, cherchait dans le réfrigérateur de quoi remplacer son membre absent (son bras je veux dire).

Je dus me rendre à l’évidence, avec effroi, que Monsieur Coqualo, Aldo et Pipo devaient être enfermés tous les trois dans les toilettes. C’en était trop, il était temps que j’abandonnasse la partie !

- Tu ne vas pas oublier Lola ! me dit une petite voix schizophrénique qui naquit dans mon cerveau.

Alors j’endossai mes vêtements de superman et, pour la bonne cause, je frappais à la porte des toilettes.

- Entrez ! me dit Monsieur Coqualo…

 

A suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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posté le 24-03-2018 à 08:43:27

Grasse (55).

Madame Coqualo et Mademoiselle Belœil. 


J’entrais donc dans la salle de bains en n’imaginant même pas ce que j’allais voir. Mademoiselle Belœil, la vieille fille, vierge certifiée conforme par le bureau de vérification intime de la ville de Grasse, était debout, adossée sur le lavabo qui soutenait son corps.

Elle avait soulevé sa jupe dont elle maintenait le bord, avec sa main droite, au niveau de sa taille. Sa culotte noire baissée arrivait au niveau de ses chevilles et ses jambes légèrement écartées dressaient un tableau des plus déroutants.

C’est que, accroupie à ses pieds, Madame Coqualo, le visage entre ses cuisses, broutait son gazon avec sa langue quasi bifide, comme une innocente brebis affamée. On a beau être blindé comme les chars de la guerre 39-45 ou protégé par une armure en acier chromé de chevalier, qui résiste aux crachats nocifs des élèves, il y a des spectacles qu’on ne devrait pas voir !

J’allais sortir discrètement de ce lieu malsain, quand Madame Coqualo émergeant des cuisses d’Hélianthine, le visage baigné par les humeurs intimes de notre voisine, me dit :

- Alain, Alain, venez vous joindre à nous !

Je ne sais pas pourquoi, mais je sentis comme un ressort se tortiller dans ma braguette. J’hésitais. J’imaginais déjà le tableau que nous pourrions former, à trois, dans ce lieu de perdition. Madame Coqualo en rajouta une couche :

- Allez venez ! J’en ai un peu assez des crevasses humides, j’aimerais bien cajoler des pitons durs et escarpés ! Venez donc prendre ma place.

Ma volonté semblait se ramollir et se dissoudre comme du sucre dans un sirop pas très catholique. Hélianthine ne disait rien ; elle se contentait de soupirer bruyamment. Ses yeux semblaient révulsés par le plaisir et je soupçonnais Monsieur Coqualo d’avoir versé dans son verre, une bonne dose de GHB.

Je remplaçais donc ma voisine  nymphomane, entre les cuisses de Mademoiselle Belœil, qui de ce fait avait perdu la moitié de sa virginité. Pressée comme un courant d'air, la flûtiste du local à poubelles, s’occupa de mon haricot vert qui se transforma bien vite en courgette de belle facture.

Nous naviguions tous les trois dans un océan de volupté. En bruit de fond, nous entendions en boucle une chanson de « Village People », YMCA, certainement choisie par Aldo et Pipo les deux CRS aux jupons roses…  

 

                  

                                  Cliquez sur la flèche pour écouter la chanson.

***

Je touchais le fond là et tout ça pour essayer de retrouver Lola, l’amour de ma vie. De temps en temps, je me détachais d’Hélianthine pour reprendre mon souffle et m’essuyer le visage, luisant comme la peau d’une grenouille.

Et je me demandais, avant de connaître l’abandon spermatique, ce qui arriverait si Monsieur Coqualo entrait dans la salle de Bains.

Et Monsieur Coqualo, le mari de la flûtiste, entra dans la salle de bains… 

A suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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